La libération de U Win Tin, prisonnier politique birman, ne saurait faire oublier le sort des 2130 autres prisonniers politiques que compte la Birmanie aujourd’hui 

Info Birmanie accueille avec beaucoup de joie l’annonce faite aujourd’hui de la libération de U Win Tin, prisonnier politique birman qui a passé les 19 dernières années en prison. Journaliste et membre de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), parti démocrate emmené par Aung San Suu Kyi, il avait été condamné à trois peines consécutives d’une durée totale de vingt ans pour ses activités politiques dans l’opposition et pour avoir communiqué à l’ONU des informations sur le sort des prisonniers politiques dans les prisons birmanes. 19 années passées en prison pour avoir défendu les valeurs de la démocratie, un acte inacceptable dénoncé depuis des années par l’ensemble des organisations des droits de l’homme.

Agé aujourd’hui de 79 ans, U Win Tin était détenu dans la prison d’Insein, à Rangoon, la plus grande prison du pays. Sa santé s’était fortement dégradée en raison des mauvaises conditions de détention et des mauvais traitements. A sa libération, il est apparu toujours aussi déterminé à continuer sa lutte, déclarant qu’il continuera « à se battre jusqu’à l’émergence de la démocratie dans ce pays ». 

Le régime militaire a déclaré avoir libéré au total 9002 détenus pour « bonne conduite ». Néanmoins, cette amnistie ne concerne que 7 prisonniers politiques, un chiffre marginal. Outre U Win Tin, les six autres personnes à avoir été libérées sont (1) Dr.May Win Myint – député ; (2) U Aung Soe Myint – député ; (3) U Khin Maung Swe – député ; (4) Win Htain – assistant de Aung San Suu Kyi ; (5) Dr.Than Nyein – député, et (6) U Than Naing – membre de la LND. 

« Malgré la joie immense que suscitent ces libérations, elles ne sauraient occulter le sort des 2130 autres prisonniers politiques, privés de liberté en raison de leurs activités politiques », rappelle Isabelle Dubuis, coordinatrice d’INFO BIRMANIE. « N’oublions pas que durant les douze derniers mois, le nombre de prisonniers politiques a quasiment doublé ».

En septembre dernier, durant la Révolution Safran, moines et civils birmans avaient pacifiquement demandé une amélioration des conditions de vie et une libéralisation de la vie politique. La réponse de la junte a été d’une brutalité extrême, tuant plusieurs dizaines de personnes et procédant à des milliers d’arrestations. La tenue d’un vote par référendum pour ratifier la nouvelle constitution en mai 2008 avait également été une période très tendue, où le régime n’avait pas hésité à multiplier les arrestations de citoyens émettant des opinions négatives sur la nouvelle constitution, celle-ci n’étant qu’une mascarade destinée à donner une apparence  de légalité à la mainmise militaire sur le pays. 

Aujourd’hui, la junte espère certainement détourner l’attention de la communauté internationale grâce à cette mesure symbolique, et montrer un semblant d’ouverture quelques mois avant la tenue des élections de 2010. Pourtant, INFO BIRMANIE tient à souligner que seule la libération de tous les prisonniers politiques sera perçue comme un réel geste d’ouverture politique. Bo Kyi, ancien prisonnier politique et secrétaire de l’Association d’Assistance aux Prisonniers Politiques (AAPP) déclare que « sans la relaxe de tous les prisonniers politiques, une transition pacifique vers la démocratie ne pourra avoir lieu. Les prisonniers politiques sont des députés élus, des étudiants, des moines, des représentants des minorités ethniques – des personnes qui représentent le futur de la démocratie en Birmanie. Et une fois relâchés, ils doivent être autorisés à mener à bien leur travail sans craindre une arrestation ou des représailles ». 

Info Birmanie appelle le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, qui se rendra prochainement en Birmanie, à exiger auprès du régime birman la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques de Birmanie, et à maintenir la pression sur les généraux birmans jusqu’à ce que les prisonniers politiques soient remis en liberté et que l’opposition puisse retrouver sa place sur l’échiquier politique birman.

source : Info Birmanie, 23 Septembre