mardi 29 avril 2008
Les Birmans disent "non"
Des milliers de Birmans expatriés, réfugiés, et exilés se sont rassemblés les jours derniers à l'extérieur de leurs ambassades pour exprimer leur "non". La vote a déjà commencé pour certains, d'autres n'ont pas eu ce droit.
La manifestation la plus importante a eu lieu dimanche 27 Avril à Singapour, où près de 2 500 personnes, pour la quasi totalité arborant une casquette ou un tee shirt rouge avec un NO, ont exprimé leur rejet du projet de constitution.
Alors que plus de 40 000 Birmans vivent à Singapour, entre 10 000 et 15 000 ont été officiellement invités à voter par les autorités. Après quelques heures, et environ un millier de votes, l'ambassade a annoncé qu'il y avait une pénurie de bulletins... et que le vote reprendrait les jours suivants...
Pour accéder à un témoignage sur ce vote de Singapour : Pan Bay Dah
Source de la vidéo Arzarni
dimanche 13 avril 2008
Observations sur le référendum
Les faits
Le 9 Février dernier, quelques semaines après l’impitoyable répression et le tollé international qui ont suivi les manifestations pacifiques de la Révolution Safran, la junte birmane annonçait le quatrième des sept points de sa feuille de route pour la démocratie. Ce quatrième point est le référendum national dont le but est de valider ou d’invalider le projet de constitution, qui sera suivi d’élections multipartites en 2010.
Pour rappel, les 7 points de la feuille de route, dont la réalisation des 4 premiers a nécessité 14 ans, sont les suivants :
- 1°) Convoquer la Convention nationale chargée de rédiger une nouvelle Constitution
- 2°) Prendre les mesures nécessaires à l’établissement d’un régime démocratique une fois la Convention nationale achevée
- 3°) Rédiger la Constitution selon les principes édictés par ladite Convention
- 4°) Organiser un référendum dans l’ensemble du pays pour ratifier cette Constitution
- 5°) Organiser des élections parlementaires selon les nouvelles règles constitutionnelles
- 6°) Réunir le nouveau Parlement élu
- 7°) Établir une nation moderne et démocratique avec à sa tête un chef d’État et un gouvernement élus par le Parlement.
Selon une vision unanime de l’opposition, ce projet de constitution pérennise les pouvoirs en place (1), et vise à les légitimer en mettant « des nouveaux visages civils parmi les hommes en vert, pour la plupart des marionnettes contrôlées par la hiérarchie militaire » (2). Le chef de la cour suprême birmane, Aung Toe, qui a présidé la commission chargée d’élaborer ce projet, a expliqué également que « le texte avait pour objectif d’assurer un rôle politique de premier plan aux militaires » (3).
Quelques jours après l’annonce de ce référendum, la junte militaire édicte une nouvelle loi menaçant d’une peine allant jusqu’à 3 ans de prison et 100 000 kyats (55€) d’amende quiconque troublerait le bon déroulement de la période précédant le référendum. Les contrevenants sont ceux qui distribueraient des tracts et affiches, ou qui feraient des discours prônant le « Non ». Cette loi excluant aussi du vote les moines et les nonnes est signée de Snr Gen. Than Shwe.
De par le pays, les autorités locales annoncent des représailles sur ceux qui pourraient voter “Non” (2). Les prisonniers, y compris les moines, se voient offrir des remises de peine, et des cartes d’identités laïques en échanges d’un vote positif.(4)
Le 8 mars, la junte refuse une proposition de L’ONU de déployer des observateurs étrangers, et d’amender le projet de constitution en y incluant Aung San Suu Kyi, démocratiquement élue le 27 mai 1990 à 82% des voix… Le 14 mars, Paulo Sergio Pinheiro déclare « Si vous croyez aux gnomes, aux elfes et aux trolls, vous pouvez croire à ce processus démocratique au Myanmar ».
Le 10 avril, la Ligne Nationale pour la Démocratie, dont les membres sont victimes d’une recrudescence d’intimidations, d’arrestations et d’agressions graves, réclame des observateurs étrangers (5) : “Dans la situation actuelle, les activistes pro démocratiques sont systématiquement attaqués par les voyous”, a déclaré un jeune leader de la LND. "Les attaques semblent être le travail de l’organisation pro junte, l’USDA et de ses milices, les Swan Ah-shin" (6).
Une des dernières victimes a été Tins Yu, un membre de la LND de Rangoon. Il a été sauvagement assailli jeudi 3 avril par des hommes en civil armés de bâtons, alors qu’il rentrait chez lui. Il a été hospitalisé et a reçu 50 points de suture sur le visage.
L’opposition, unanime et unie appelle à un non ferme et sans appel, ainsi qu’à la libération de tous les prisonniers politiques et d’Aung San Suu Kyi.
Observations
Dans l’hypothèse d’un « Oui » majoritaire, le référendum sans observateur, mené par un seul pouvoir, et sans libre débat n’aurait aucune crédibilité démocratique, tant à l’intérieur du pays pour une réconciliation nationale, qu’au vu des observateurs internationaux.
Dans l’hypothèse où le peuple rejetterait le projet de constitution, le pouvoir resterait dans les mains du pouvoir en place. Ce pouvoir n’a d’ailleurs jamais fait mention du scénario correspondant à cette éventualité, et a par ailleurs prouvé d’une part lors des élections de 1990, et d’autre part en excluant Aung San Suu Kyi de l’actuel « processus démocratique », que la maxime « vox populi, vox dei » n’était pas applicable sous son règne.
La crédibilité de la feuille de route pour la démocratie valide le zéro absolu, si tant est que l’on pouvait encore croire ou espérer une quelconque volonté de la dictature en place de lâcher volontairement le pouvoir.
Mais alors, pourquoi cette grossière caricature démocratique sans crédibilité ni avenir ? Gagner du temps ? Consolider des appuis économiques ? Essayer de déguiser le pouvoir militaire ? Compter encore sur la terreur et la propagande pour vaincre tout forme de velléité démocratique ? Ne pas encombrer sur la scène internationale son précieux allié chinois en cette période précédant les jeux olympiques ?
Pour autant de questions, il ne reste cependant qu’un certitude, l’héroïsme de la résistance du peuple birman qui continue en dépit de 45 années de massacres, tortures, emprisonnements, propagande… à combattre pour son droit aux droits de l’Homme.
Notes
(1) Exemples :
- obligation pour le Président d'avoir 15 ans d’expérience militaire,
- obligation pour le Président d’avoir une épouse ou un époux birman et des enfants vivant en Birmanie (ce qui exclut Aung San Suu Kyi),
- pleins pouvoirs pour l’armée en cas de désintégration de l’union
- un quart des sièges de l'assemblée nationale, du Sénat et des assemblées régionales réservé aux militaires,
(2) Editorial du Mizzima news du 11/04/08
(3) L'Humanité, 28 Février 2008
(5) Democratic Voice of Burma 09/04/08
(6) The Irrawaddy, 04/04/08 - L’USDA et les Swan Ah-shin étaient à l’origine des violentes attaques à l’encontre des moines bouddhistes en Août et Septembre 2007, et également derrière l’embuscade du convoi d’Aung San Suu Kyi à Depayin dans la région de Sagaing au nord de la Birmanie en mai 2003, qui fit environ 70 morts.
No no no no no no no no....even if
Dessin de Harn Lay, Source : Art of Patience
jeudi 10 avril 2008
Le référendum aura lieu le 10 mai
Le 9 février dernier, la junte militaire avait annoncé la tenue en mai d'un référendum sur le projet de constitution.
Le 9 Avril, hier, la date du référendum a été annoncée pour le 10 mai.
Le même jour, des exemplaires du projet de constitution ont été mis en vente pour 1000 Kyats (à peu près 1 $). Le projet fait 194 pages et 15 chapitres. Le chapitre premier en est un résumé.
Source : Irrawaddy
samedi 5 avril 2008
Non à Mandalay
Depuis les manifestations du 27 mars, jour des forces armées, les autorités ont arrêté au total 7 activistes qui ont participé à ces manifestations : Khin Oo, Ye Zaw Tike, Zarni Aung, Aung Kyaw, et Tin Oo Maung ont été emmenés de leurs maisons pour des destinations encore inconnues.
Dans la nuit du premier Avril, deux nouveaux activistes, Tin Myint et Tun Aung ont été arrêté.
La campagne pour un non continue.
Photos prises à Mandalay le 4 avril 2008
Sources : Arzarni, The Art of Patience,
mercredi 2 avril 2008
La parti d’Aung San Suu Kyi appelle à voter NON au référendum.
La Tribune - 02/04/08 : « Le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi a appelé mercredi les électeurs à se prononcer contre le projet de Constitution soutenu par la junte militaire lors du référendum prévu en mai. La Ligue nationale pour la démocratie (LND) les exhorte à se rendre "impérativement" aux urnes pour dire "non".
Dans un communiqué, la LND affirme que ce projet constitutionnel supposé déboucher sur des élections générales en 2010 est anti-démocratique. Les détracteurs de cette nouvelle Constitution estiment qu'elle vise à perpétuer le régime militaire.
Le parti d'Aung San Suu Kyi déclare que le texte proposé par la junte a été écrit par une poignée de militaires et non pas par un groupe de représentants élus, et qu'il ne garantit pas les libertés démocratiques et les droits de l'Homme.
C'est la première fois que le parti d'opposition prend position contre le projet de Constitution, depuis que la junte militaire a annoncé en février la tenue d'un référendum dont la date exacte reste à fixer.
(…) Lire la suite dans La Tribune – Associated Press – 02/04/08
(...) Voir aussi en Anglais The Irrawaddy, Democratic Voice of Burma
mardi 1 avril 2008
La junte fait campagne
31 Mars 2008 DVB – Alors que les groupes pro-démocratie exhortent le people au boycott du futur référendum, ou au Non, les autorités Birmanes font pression pour un Oui à la nouvelle constitution.
Des résidents de l’état d’Arakan ont indiqué que les militaires avaient fait pression sur le peuple pour un vote en faveur du référendum de mai.
« Un capitaine et 3 soldats du commandement ouest ont voyagé aux alentours des communes de Manaung et de An, et ont intimidé les gens pour qu’ils soutiennent la constitution », selon un résident de Tangup, qui a observé les faits.
« Un capitaine et 3 soldats du commandement ouest, totalement armés et en uniforme, sont arrivés au village de Man Yon Taung Tract situé dans la commune de An, le 17 Mars et ont convoqué les villageois de 6 villages » a déclaré le résident.
“Chaque village devait envoyer un représentant à une réunion où ils étaient informés qu’un groupe serait créé pour punir ceux qui s’opposeraient au référendum » a-t-il dit.
« Ils ont dit qu’ils voulaient seulement voir des votes « oui », autrement tous les villageois et leurs familles paieraient pour cela ».
Le même résident a déclaré que des membres de l’USDA* et l’unité de l’armée locale, ont aussi fait pression pour les votes à Tangup.
« Les organisateurs Soe Aung Tun et Maung Nyunt Win de l’USDA et du conseil de paix et de développement du village sont venus au village de Myat Mon, à Taungup le 18 mars” a dit le résident.
“Ils ont convoqué les étudiants qui avaient des examens à passer et leur ont dit que tous ceux qui ne réussissaient pas les examens devraient rejoindre l’USDA et voter Oui au référendum » a-t-il dit. « S’ils agissaient ainsi, ils ont dit que les étudiants auraient la garantie de réussir leurs examens ».
Le résident a dit que Maung Nyunt Win a aussi menacé quiconque voterait non au référendum.
Selon ce résident, des journalistes et avocats de Rangoon ont aussi parlé en faveur du référendum.
« Des avocats de Rangoon sont venus à Manaung et ont fait l’éloge de la constitution du SPDC comme le meilleur de ce que la Birmanie avait vu, et ont dit que le peuple devrait voter en sa faveur»
“Han Thura, Than Oo, and Moe Moe Than de l’Association des Journalistes sont venus à Kyaukpyu. Ils ont fait le tour des villages pour pousser les gens à voter en faveur de la constitution.
*milice de Than Shwe utilisée pour les basses besognes, passages à tabac, intimidations, meurtres…
Dessin Harn Lay - Irrawaddy
Source : DVB – traduction de Sophie





