samedi 22 novembre 2008
Billet d'humeur d'Alain Delaporte-Digard dans Buddhachannel
La Junte défie la communauté internationale en condamnant lourdement les acteurs de la Révolution Safran.
Que va faire le reste de la planète face à cette dictature ?
Rien ?
Que de belles paroles avons-nous dit, nous peuples bien pensants de cette Terre !
Que d’émotions, de coups de coeur avons-nous eu pour ces moines sans arme assis face aux fusils !
Que de manifestations avons-nous fait sur tous les continents, nous défenseurs des droits de l’Homme !
Que de poèmes persuadés d’un futur meilleur !
Que de prédictions de l’effondrement de la junte !
Que de prières humbles et compatissantes !
Que de belles résolutions de notre parlement européen !
Que de splendides déclarations de dirigeants de nos grands pays !
Que de réflexions pour créer un embargo empêchant le maintien d’une armée colossale !
Et les jours ont passé.
Des jours durs, froids, meurtriers.
Le peuple birman a saigné dans ses chairs, dans ses croyances, dans ses espérances.
Et les mois ont passé.
La junte a muselé la presse internationale en coupant les informations.
Elle a tissé plus solidement sa toile de répression.
L’argent a continué à couler abondamment dans ses caisses.
La communauté internationale n’a pu imposé l’embargo économique.
Surtout ne croyez pas que je raille toutes les actions, pensées, espérances
de toutes les consciences qui se sont mobilisées.
Oui, il faut rester convaincu que la paix, la beauté de l’âme peut vaincre l’obscurantisme.
Mais maintenant la Junte militaire birmane défie le monde
par une série de condamnations proclamées haut et fort.
U Gambira vient d’être condamné à 68 ans de prison, la peine la plus lourde.
Il semble tout simplement incroyable, impossible que nous laissions faire.
Mais que ferons-nous réellement, nous peuples démocratiques du monde ?
Source Alain DD pour Buddhachannel.tv
Dessin de Harn Lay pour the Irrawaddy
jeudi 20 novembre 2008
Briser le silence...
Qu'est-ce qu'un crime contre l'humanité que l'humanité tolère ? Autrement dit, fondamentalement, par quoi d'autre peut être révélée la valeur de nos démocraties sinon par le référentiel éthique qu'elle nous procure, ainsi que par son expression ?
Le droit des peuples à s'autodéterminer est affirmé dans la charte des Nations Unies. Qu'en est-il pour le peuple Birman ? Par où faut-il commencer à regarder ? Par les élections volées de 1989 ? Par les millions de réfugiés Birmans à l'extérieur de leurs frontières ? Par les centaines de miliers de réfugiés à l'intérieur de la Birmanie ? Par le nettoyage ethnique des Karens ? Par le nombre de villages brulés ? Par les victimes de la répression à l'encontre de toute forme de liberté d'expression ? Par le maintien arbitraire en détention d'Aung San Suu Kyi ? Par l'utilisation du viol comme arme de guerre par les militaires ? Par l'esclavage sexuel auquel sont réduits nombres de réfugiés Birmans en Thaïlande ? Par le nombre de camps de réfugiés massés aux frontières ? Par le nombre de prisonniers politiques et le nombre d'années de détention qu'ils subissent et qu'ils subiront ? Par le nombre de prisons et de camps de travail forcé ? Par la part du budget de l'état consacré à l'armée ? Par celle consacrée à la santé et à l'éducation ? Par le nombre d'enfants soldats ? Par le nombre de victimes de mines anti personnel ? Par le nombre de victimes de travail forcé ? Par la répression qu'il y a eu à l'encontre des manifestants pacifiques de la Révolution Safran ? Par le référendum truqué de mai 2008 ? Par la purge anti-démocrates qui se déroule en ce moment dans les tribunaux Birmans ? etc.
Autrement dit, manifestement, qu'est-ce qui définit le crime ? L'acte en lui même ? Le degré de tolérance de celui qui l'observe ? La loi qui le juge et le condamne ?
Monsieur Jean-Maurice Ripert, représentant de la France à l'ONU, a dernièrement déclaré : "Il va falloir rompre le silence autour de ce qui se passe en Birmanie".
Puisse-t-il être entendu.
Sophie
mercredi 10 septembre 2008
Au Nom de la Beauté qui unit les êtres, n’oublions pas la Birmanie
Buddhachannel - 09/09/2008, Début septembre dernier, quelques centaines de moines bouddhistes manifestaient à Pakokkhu, en Birmanie centrale. Ils protestaient contre l’augmentation des prix des carburants qui mettait à genou un peuple déjà exsangue après un demi-siècle de pillage et de terreur.
La violence de la répression militaire qui a eu lieu à l’encontre des moines à déclenché l’indignation de la Sangha Bouddhiste. Une nouvelle organisation, l’ABMA, l’Alliance de Tous les Moines Birmans, exigea alors des excuses de la part du gouvernement, la réduction immédiate des prix des carburants, la libération d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix en captivité et leader de la voie démocratique, ainsi que celle de tous les prisonniers politiques.
L’autisme d’une dictature paranoïaque forte des ses puissants alliés politiques et économiques, ainsi que d’une armée nourrie de 40% de son budget fut à peine surprenante.
En réponse, des dizaines de milliers de nonnes et de moines ont mené des manifestations pacifiques au son du Metta Sutta, le chant d’amour et de compassion universels du Bouddha, déclenchant les plus grandes manifestations que le pays ait connues depuis 1988. Ils bravaient ouvertement la junte, allant même jusqu’à refuser les aumônes des militaires et de leurs familles (1) .
Entre le 19 Août et le 2 Octobre, 227 manifestations dans 66 villes de Birmanie ont affronté une des pires dictatures de notre époque. On appelle aujourd’hui cette page d’histoire La Révolution Safran.
Grâce aux nouveaux moyens de communication et à l’intrépidité de certains, le monde a pu assister au spectacle de ces femmes et de ces hommes, bravant mains et pieds nus les militaires, sous les larmes d’émotion d’un peuple martyr qui se voyait enfin espérer. Le 22 Septembre, quelques miliers de moines pacifiques ont même pu dépasser les barrages policiers de l’avenue de l’université et accéder à la maison d’Aung San Suu Kyi. La représentante élue du peuple n’a pas failli à l’appel. Elle est sortie, en larmes et les mais jointes, bravant elle aussi les murs d’une prison qui l’a isolée de tout pendant plus de 13 ans.
C’en était trop pour la junte. La peur et la propagande diffusées au sein de l’armée devaient briser le tabou de ce pays Bouddhiste dans lequel frapper un moine est un péché capital, et surtout, surtout briser l’enchantement qui embrasait le peuple... Malgré une centaine de désertions recensées, les militaires ont obéi aux ordres et la répression a commencé le 26 Septembre. Ils ont arrêté jusqu’à 6 000 personnes, y compris au moins 1 400 moines.
Les prisonniers ont été battus, torturés, interrogés, les moines défroqués de force. Les conditions de détentions et le manque de soins médicaux ont entraîné la mort d’un nombre non déclaré de détenus. L’armée a fait des raids dans au moins 49 monastères, saccageant, terrorisant, pillant, battant et défroquant les moines.
Les monastères qui apportaient de l’aide aux malades atteints du HIV/AIDS ont été attaqués, fermés, et les moines arrêtés. Les monastères de Rangoon ont reçu l’ordre de ne plus recevoir d’invités, moines, ou même personnes des zones rurales voyageant à Rangoon pour y recevoir des traitements médicaux.
Les autorités ont reconnu au total 10 morts, y compris le journaliste japonais Kenji Nagai, abattu à bout portant par un soldat qui se croyait à l’abri des caméras…
Bob Davis, l’ambassadeur Australien a déclaré à l’époque que le montant des morts pouvait être jusqu’à sept fois plus élevé. Certains groupes pro-démocratiques recensent le nombre de décès à 200.
Et aujourd’hui ? Les généraux milliardaires illégitimes continuent de s’abreuver des richesses d’un peuple qui, sans une aide réelle de la communauté internationale ne peut pas se lever. Aung San Suu Kyi, prisonnière isolée sous les ardents hommages internationaux, est encore malgré tout en vie. Le nombre de détenus politiques et de victimes de la junte n’a de cesse de grossir.
Le statu quo criminel un an après dénonce la complaisance et/ou l’impuissance de la communauté internationale, ornée d’effets de manche diplomatiques sans effet, et d’une réelle collaboration économique avec les bourreaux, comme par exemple les 972 millions de dollars par an (2) de revenus pour la junte grâce au gazoduc de TOTAL en Birmanie, somme couvrant le total estimé du budget de l'armée Birmane.
En Août dernier, Ashin Nayaka, moine Birman de l’International Burmese Monk Organisation disait : "La lumière de votre dignité et de votre engagement pour la Liberté et la Justice sont la source de notre force".
Oui, au delà de la meurtrissure et de l’anéantissement provoqués par la victoire de la violence et de l’injustice, il y a encore et toujours le jour qui cherche poindre au bout de cette nuit qui n’en finit pas, parce que nul dictateur, aussi puissant soit-il ne pourra arrêter la Vie, et parce que jamais la Liberté ne mourra en prison.
Au nom de la beauté qui unit les êtres, n’oublions pas la Birmanie.
Par Sophie Alvarez
Source des chiffres sur la Révolution Safran : Alternative Asean Network on Burma
Notes :
(1) Ce refus se nomme en pali Patam Nikkujjana Kamma. Il est symbolisé par le bol retourné, grave avertissement de la rupture du lien sacré avec la voie de libération du Bouddha.
(2) Lesoir.be
samedi 2 août 2008
Les 14 caractéristiques d'un état fasciste, selon le Dr Lawrence Britt
Politologue, le Dr. Lawrence Britt a écrit un article sur le fascisme ("Fascism Anyone?", Free Inquiry, printemps 2003, page 20).
En étudiant les régimes fascistes de Hitler (Allemagne), Mussolini (Italie), Franco (Espagne), Suharto (Indonésie), et Pinochet (Chili), le Dr. Britt a trouvé qu'ils avaient 14 éléments en commun : ce sont ce qu'il appelle les caractéristiques déterminantes du fascisme.
Ces 14 caractéristiques sont :
- 1°) UN NATIONALISME PUISSANT ET CONSTANT : Les régimes fascistes ont tendance à faire un usage incessant de maximes, slogans, symboles, et chants patriotiques, et autre bric-à -brac. Les drapeaux sont partout, ainsi que les symboles de drapeaux sur les vêtements et les affichages publics.
- 2°) LE MÉPRIS POUR LA RECONNAISSANCE DES DROITS DE LA PERSONNE : Par peur d'ennemis et par besoin de sécurité, les gens dans les régimes fascistes sont persuadés que les droits de la personne peuvent être ignorés dans certains cas, " par nécessité ". Les gens ont tendance à regarder ailleurs ou même à approuver la torture, les exécutions sommaires, les assassinats, les longues incarcérations de prisonniers, etc.
- 3°) L'IDENTIFICATION D'ENNEMIS OU DE BOUCS ÉMISSAIRES COMME CAUSE D'UNITÉ : Le besoin d'éliminer la menace ou l'adversaire communément perçus, minorités raciales, ethniques ou religieuses, libéraux, communistes, socialistes, terroristes, etc., rassemble les gens dans une frénésie patriotique.
- 4°) LA SUPRÉMATIE DE L'ARMÉE : Même quand les problêmes intérieurs sont nombreux, l'armée se voit accorder un montant disproportionné des fonds gouvernementaux et les programmes intérieurs sont négligés. On valorise les soldats et le service armé.
- 5°) UN SEXISME RÉPRESSIF : Les gouvernements des nations fascistes ont tendance à être presque exclusivement dominés par les hommes. Sous les régimes fascistes, les rôles sexués traditionnels sont plus rigides. L'opposition à l'avortement est élevée ainsi que l'homophobie, et la législation et la politique nationale anti-gays.
- 6°) DES MÉDIAS DE MASSE SOUS CONTRÔLE : Quelquefois, les médias sont directement contrôlés par le gouvernement, mais dans d'autres cas, les médias sont contrôlés indirectement par une réglementation gouvernementale ou par des porte-parole et des dirigeants sympathiques (aux vues du gouvernement).
- 7°) UNE OBSESSION AVEC LA SÉCURITÉ NATIONALE : La peur est utilisée par le gouvernement comme instrument pour motiver les masses.
- 8°) L’AMALGAME DE LA RELIGION ET DU GOUVERNEMENT : Les gouvernements des nations fascistes ont tendance à utiliser la religion la plus répandue de la nation comme outil de manipulation de l'opinion publique. Les dirigeants du gouvernement font un usage courant de la rhétorique et de la terminologie religieuses, même quand les principaux credo de la religion sont diamétralement opposés aux politiques et aux actions du gouvernement.
- 9°) LA PROTECTION DU POUVOIR DES ENTREPRISES : C'est souvent l'aristocratie de l'industrie et des affaires d'une nation fasciste qui a mis les dirigeants du gouvernement en place, créant ainsi une relation avantageuse entre les affaires et le gouvernement et pour l'élite du pouvoir.
- 10°) LA SUPPRESSION DU POUVOIR DES TRAVAILLEURS : Parce que la seule menace pour un gouvernement fasciste est le pouvoir des organisations de travailleurs, les syndicats sont soit entièrement supprimés soit sévèrement réprimés.
- 11°) LE MÉPRIS POUR LES INTELLECTUELS ET LES ARTS : Les nations fascistes ont tendance à promouvoir et à tolérer une hostilité ouverte envers l'éducation supérieure et le milieu universitaire. Il n'est pas rare de voir des professeurs et autres universitaires censurés ou même arrêtés. La libre expression dans les arts est ouvertement attaquée et les gouvernements refusent souvent de financer les arts.
- 12°) UNE OBSESSION DU CRIME ET DU CHATIMENT : Dans les régimes fascistes, la police obtient des pouvoirs presque illimités pour faire respecter la loi. Les gens acceptent souvent de fermer les yeux sur les abus de la police et même de renoncer à des libertés civiles au nom du patriotisme. Le pouvoir de la police nationale est souvent pratiquement illimité dans les nations fascistes.
- 13°) LE REGNE DU FAVORITISME ET DE LA CORRUPTION : Les régimes fascistes sont presque toujours gouvernés par des groupes d'amis et d'associés qui se nomment à des postes au gouvernement et utilisent l'autorité et le pouvoir du gouvernement pour protéger leurs amis de l'obligation de rendre des comptes. Dans les régimes fascistes, il n est pas rare que les dirigeants au pouvoir s'approprient ou volent carrément des ressources ou même des trésors nationaux.
- 14°) DES ÉLECTIONS FRAUDULEUSES : Quelquefois, les élections dans les nations fascistes sont complêtement factices. D'autres fois, les élections sont manipulées grâce à des campagnes de salissage contre les candidats de l'opposition, voire leur assassinat, l'utilisation de la législation pour contrôler le nombre des votants ou les limites des circonscriptions et la manipulation des médias. Les nations fascistes utilisent aussi systématiquement leur systême judiciaire pour manipuler ou contrôler les élections
Vu sur San Oo Aung's blog en anglais et en français sur Libertés Internet
vendredi 18 juillet 2008
Un appel aux armes ?
Depuis près de 20 ans, Aung San Suu Kyi défend corps et âme l'idée de la libération de la Birmanie d'une manière non violente, avec l'aide de la communauté internationale, principalement en lui demandant une abstention de tout lien économique avec la junte.
Depuis près de 20 ans, malgré certaines sanctions économiques, les liens commerciaux avec la junte Birmane s'étoffent et lui permettent une armée puissante, qu'elle dirige sans scrupule contre son pire ennemi, le peuple Birman.
La Révolution Safran semble avoir été l'apogée de toutes les tentatives pacifiques du peuple, et le cyclone Nargis la preuve irréfutable de l'autisme criminel de cette dictature.
Le nombre de prisonniers politiques ne cesse d'augmenter. Le maintien en résidence surveillée d'Aung Sang Suu Kyi a été prolongé en juin d'une nouvelle année, de manière totalement illégale. Le génocide du peuple Karen continue en toute impunité sous le regard de la communauté internationale. Les réfugiés ne cessent de s'entasser misérablement dans les pays frontaliers. Dernièrement même, 2 bombes ont explosé. Un terrorisme de libération commence.
L'histoire du peuple Birman sera-t-elle celle de la victoire du droit et de la lutte pacifique ? Ou devient-elle l'apologie de la violence et de la puissance criminelle ?
J'ai aimé traduire cet essai écrit par Kyaw Zwa Moe, et publié dans The Irrawaddy. Il marque le point de rupture qui commence à se faire sentir entre la non violence et l'auto destruction, marqué par ce que l'on nomme la légitime défense.
La légitime défense est cependant elle même impossible, car elle est suicidaire tant le rapport de force est inégal.
Cet essai est intitulé "Un appel aux armes". Il rappelle étrangement en ce mois de juillet ce "Aux armes, citoyens" qui symbolise aussi notre démocratie.
Sophie
The Irrawaddy, 15/07/2008, par Kyaw Zwa Moe, traduction de Sophie.
« Rien de peut faire tomber le régime militaire Birman – au moins à ce jour ». J’avais écrit ces mots dans un commentaire après que le soulèvement mené par les moines ait été écrasé par la junte l’année passée. « Toutes les tentatives pacifiques ou violentes, y compris la lutte armée, les soulèvements du peuple, les sanctions internationales et les engagements politiques ont échoué. »
Mais j’avais omis une chose : une catastrophe naturelle.
La dévastation causée par le cyclone Nargis a testé le régime militaire. Il a clairement démontré une nouvelle fois à quel point les généraux étaient restrictifs, déraisonnables et brutaux, mais il n’a pu changer leur état d’esprit - même pour une collaboration totale avec la communauté internationale - de venir en aide à leur propre peuple.
Le peuple s’attendait à ce que le soulèvement des moines en septembre 2007 amène quelque chose de positif au pays. De nouveau en mai cette année, beaucoup de gens ont espéré qu’une réponse irraisonnée au cyclone de la part de la junte amènerait le scénario positif d’une intervention humanitaire. Mais les espoirs furent balayés lorsque les généraux ont largement rejeté les efforts de la communauté internationale pour apporter des secours rapides et efficaces.
Les généraux ont prouvé qu’ils pouvaient traiter révoltes massives et catastrophes naturelles selon leurs méthodes, sans aucun égard pour ce que les autres pensent ou ressentent.
Un soulèvement du peuple a peu de chance d’arriver dans un futur proche. N’importe quel soulèvement, s’il arrivait, serait brutalement écrasé.
De la même façon, les sanctions économiques imposées par les pays occidentaux, menés par les Etats Unis, ont causé des perturbations et des troubles au sein des séniors dirigeants de la junte et de leurs acolytes commerciaux, mais elles manquent de puissance pour amener un changement démocratique.
Après 20 ans, la diplomatie a prouvé qu’elle était un échec. Le peuple Birman réalise maintenant plus que jamais qu’il ne peut pas compter sur les Nations Unies ou sur la communauté internationale pour amener un changement substantiel dans le pays. Les généraux continueront de faire ce qui leur semble bon.
Les Nations Unies sont pour le moment utiles aux généraux – lorsqu’ils veulent s’en server comme d’une carte politique – mais inutiles au people.
Peut-être reste-t-il une option de libre : la lutte armée. De plus en plus de Birmans ont parlé de lutte armée au cours des derniers mois. En fait, les luttes armées ne représentent rien de nouveau en Birmanie.
Alors qu’il était interrogé sur une justification morale pour une soulèvement armé par le peuple de Birmanie, Noam Chomsky, le célèbre critique politique de l’institut technologique du Massachussetts, a déclaré dans un interview avec le journal Thaïlandais le Bangkok Post : "Il y en a certainement, selon moi, avec une restriction : un soulèvement armé devrait évaluer avec soin les probables conséquences sur les personnes qui souffrent."
Il a déclaré, "Je pense qu'il est convient que le peuple se soulève, mais cela n'est pas à moi de dire au peuple de risquer un meutre en masse. En ce qui concerne l'assassinat des dirigeants, la question ressemble à se demander s'il est approprié de tuer des meurtriers. Ils devraient être appréhendés par des moyens non-violents, si possible. S'ils dégainent un pistolet et commencent à tirer, c'est de la légitime défense que de les tuer, s'il n'y a aucune autre moindre option."
Le Birmanie a déjà différentes formes de luttes armées qui durent depuis les six dernières décades, depuis l'indépendance du pays avec l'Angleterre. Après 1988, les groupes ethniques armés le long de la frontière ont été renforcés par les groupes d'étudiants militants qui se sont enfuis du pays après que leur mouvement ait été écrasé par les troupes gouvernementales.
En 1989, le puissant "Community Party" de Birmanie s'est séparé en petits groupes après avoir subi une mutinerie interne. Au cours des années 90, près de 17 groupes ethniques armés ont obtenu des accords de cesser le feu avec le régime militaire. Ils ont abandonné leur lutte, et se sont concentrés sur les concessions commerciales offertes par le gouvernement.
Le Front Démocratique de Tous les Etudiants de Birmanie (All Burma Students’ Democratic Front -ABSDF), fondé par les étudiants en 1988, a commencé à perdre graduellement de son élan après 1991 à la suite d'une scission dans le commandement. L'ABSDF était très populaire parmi le public. Il semble que sa lutte armée soit tout sauf terminée.
Aujourd'hui, quelques groupes armés, y compris le plus ancien groupe rebel, l'Union Nationale Karen (KNU), n'ont pas atteint les accords de cesser le feu, mais leur force militaire représente seulement un infime fraction face aux troupes du régime de 400 000 hommes. Cela fait longtemps que les groupes armés n'ont pas organisé de grandes batailles contre les troupes du gouvernement. De brèves échauffourées sont maintenant la norme.
Les luttes armées ont eu un impact sur la politique Birmane dans le passé - de façon positive et négative.
Si un soulèvement armé pouvait être alimenté - un qui serait focalisé sur la liberté du peuple - il pourrait mettre une pression sur la junte dans une certaine mesure. Il pourrait même amener le scénario politique du pays sur un sentier positif et constructif. S'il y a une justification morale à un soulèvement armé du peuple qui souffre comme l'a dit Chomsky, la question est maintenant : Le moment est-il venu pour un nouveau soulèvement armé ?
jeudi 12 juin 2008
L'histoire de la petite fille qui a vaincu le cyclone
Ce qui suit est l'extrait d’un interview avec Ma Aye Aye Soe, 11 ans, qui a survécu au cyclone Nargis avec son jeune frère et sa jeune sœur. Le reste des membres de sa famille et de ses proches ont péri avec le cyclone Nargis, qui a causé des centaines de milliers de mort et des millions de sans abri dans le delta de l’Irrawaddy de Birmanie.
L’article original se trouve en Birman sur MM Thinker Blog, et la traduction anglaise sur le blog de Sit Mone . La traduction française est de Sophie.
Interview avec une survivante du Cyclone Nargis,
une fillette de 11 ans originaire du village de Pan Nyein, près de Labutta.
Par Mya Hnin Aye, The Voice Weekly, Vol.4/No.31
Voice: Peux tu s’il te plait nous dire ton nom et aussi celui du village où tu habitais ?
AAS: Mon nom est Aye Aye Soe. Nous sommes du village de Pan Nyein, qui est près de Labutta.
V: Combien y a-t-il de personnes dans ta famille ?
AAS: Six. Trois sont encore en vie. Mon père, ma mère et mon frère de 10 ans, tous sont morts pendant le cyclone. Seul le corps de mon père a été retrouvé après le cyclone. Aussi, tous mes proches sont morts avec le cyclone Nargis.
V: S’il te plait, dis nous les noms de ton frère et de ta soeur qui sont en vie
AAS: Ma soeur qui a 6 ans s'appele Aye Mya Mon, mon frère Ye Thet Kyaw, il a 3 ans.
V: Allais tu à l’école ? (avant le cyclone)
AAS: Non, je m’occupais de mes jeunes frères et soeurs, pendant que mes parents (travaillaient) dans les champs de riz. Seul mon frère de 10 ans qui est mort allait à l’école.
V: Peux tu nous raconter s’il te plaît ce qui s’est passé ce jour là ?
AAS: Mes frères et soeur, moi et ma mère étions à la maison ce jour là (le jour où le cyclone a frappé). Ma mère est allée cherché du riz auprès de mon père. (Son père était probablement dans un entrepôt de riz). Quand ma mère est revenue à la maison, alors le cyclone a commencé. Plus tard notre maison s’est éfondrée à cause du vent puissant. Lorsque la maison s’est effondrée, ma mère nous a laissé et est aller chercher mon père pour le ramener à la maison. Nous avons vu nos voisins commencer à s’enfuir après que leurs maisons se soient éfondrées. Alors nous les avons suivi. Mon frère (de 10 ans) a suivi un homme qui nous a dit que le pont était toujours intact (plus tard il s’est avéré que c’était faux). A cause de cela il est mort. L’eau a commencé à monter alors que l’obscurité tombait, et nous avons arrêté de courir parce que nous ne savions pas ou aller. A la place, nous avons essayé de grimper aux arbres. Mais nous n’étions pas capables d’atteindre le tronc à cause du vent puissant et des hautes vagues. Nous nous sommes presque noyés dans les vagues qui ont suivi le cyclone. Finalement, un oncle du village de Pan Nyein nous a fait monter. Tout de suite après cela il a été frappé par une très grosse vague et a disparu. Il a été trouvé mort le matin suivant.
V: Etiez vous les trois frères et sœur ensemble pendant pendant le cyclone ?
AAS: Oui, nous n’avons jamais été séparés. Mon frère était accroché sur mes épaules pendant que je tenais ma sœur. Nous nous sommes tenus ensemble, parce que nous avons décidé de vivre ou de mourir ensemble.
V: As tu trouvé des villageois de Pan Nyein dans ce camp?
Oui, seulement 12 des 200 du village ont survécu. Seulement 3 femmes. Parmi les enfants nous sommes les seuls survivants. Tous nos proches sont morts.
V: Depuis que tu es dans ce camp, qu’as tu reçu ?
AAS: Du riz a été distribué ; mais nous ne sommes pas allé le chercher parce que nous n’avons rien pour cuisiner. S’il y a une distribution de porridge, nous la prendrons et la partagerons entre nous. Il n'y a pas longtemps, nous avons reçu une somme de 500 Kyats (0.5 $) pour moi et 250 kyats pour mon frère et aussi pour ma soeur. Avec cet argent nous avons acheté du riz et de la nourriture pour nous tous.
V: Pourquoi as tu amené ton frère dans cette clinique ?
AAS: Il est malade depuis la nuit dernière. Je lui ai donné le sel d’hydratation donné par l’infirmière, mais il n’allait pas mieux. Il a continué à vomir et ne s’est pas arrêté jusqu’à maintenant. Ce matin il a demandé de la nourriture, parce qu’il a l’air d’avoir faim. Mais je n’ai pas pu lui en donner parce que je n’ai pas d’argent. Maintenant il devient faible et épuisé parce qu’il ne cessa pas de vomir.
V: Que veux tu dire d’autre ?
AA: Je ne sais pas. Mes parents et tous mes proches sont morts. Je ne peux pas penser à ce que je vais faire après. Maintenant, nous mangeons et portons (les vêtements) tout ce qui nous est donné. Certainement je vais protéger mon frère et ma sœur par tous les moyens. On m’a dit que le professeur d’école de mon frère mort viendra nous chercher bientôt.
jeudi 22 mai 2008
Je ne suis pas un chien
Source photo : blog d'Arzarni
Aujourd’hui la souveraineté nationale de la dictature Birmane empêche l’accès aux secours internationaux pour 75% des 2 millions et demi de survivants.
Il y aurait un progrès puisque la junte a accepté lundi, face à la pression internationale, que les membres de l’ASEAN coordonnent l’action humanitaire sans pour autant que les modalités précises en soient encore définies.
Il y aurait de l’espoir puisque va avoir lieu une conférence internationale de donateurs dimanche 25 mai, sous l’égide de l’ONU et de l’ASEAN.
Il y aurait aussi de l’espoir parce que Monsieur Ban Ki-Moon devrait rencontrer Than Shwe.
Autrement dit, il y aurait de l’espoir parce que plus de 3 semaines après le cyclone, "on" va commencer à s'autoriser à réfléchir en haut lieu sur les modalités d’action et d’acceptation des secours pour les affamés, les blessés, les mourants, les malades, les tous petits.
Le langage diplomatique, le langage de l’ouverture, le langage du « nonos » au toutou, la junte le maîtrise fort bien. Au pouvoir depuis 1962 par la voie des armes et de la terreur, elle a promis, s’est engagé dans de multiples processus, tant démocratiques qu’humains : feuille de route pour la démocratie, arrêt du recrutement des enfants soldats, respect des normes de l’OIT... etc, etc, etc, etc, etc.
Ces années de négociations et de jeux sur l’échiquier diplomatique international n’ont il me semble permis que deux choses :
- la première a été l'impunité et le "laisser faire" pour ses crimes, dont un des exemples est le génocide du peuple Karen.
- La seconde a été le renforcement considérable de ses boucliers et de son pouvoir tentaculaire au niveau national et international, au moyen de la vampirisation des ressources du pays au détriment du peuple.
Le couronnement de ces arguties diplomatiques, certes élaborées sur une socle noble et nécessaire, a été ce référendum truqué, avec une crédibilité validant le zéro absolu. La junte birmane est une insulte à toute forme de diplomatie et de réelle volonté de communication, elle est une insulte même à l’Humanité dans son intelligence sensible.
La seule souveraineté nationale est représentée par Aung San Suu Kyi et la LND, dont le parti a été démocratiquement élu le 27 mai 1990 avec 82% des suffrages, devant des observateurs internationaux.
Reconnaître la souveraineté de la junte Birmane après ces décennies de vains efforts diplomatiques et de crimes, c’est simplement légitimer le terrorisme. Et compte tenu de son histoire, assimiler aujourd’hui l’ingérence humanitaire en Birmanie à de la violence diplomatique, c’est donner priorité, protection et préférence à des bourreaux. C’est de la perversité active. C’est entériner universellement un principe criminel, une impunité, et l’impuissance de la communauté internationale face à un crime à grande échelle, dont les auteurs ne relèvent désormais, par l'horreur de leurs actes plus de la diplomatie. Il existe des négociations avilissantes.
Mais, me diront peut-être encore certains d’entre vous, il reste de l’espoir, il y a de l’activité diplomatique, des ouvertures…
-Je ne suis pas un chien.
vendredi 16 mai 2008
Et le gagnant est....
Dans la nouvelle catégorie du plus grand menteur, le gagnant est ....
Rappelons que la junte vient d'affirmer au peuple Birman et au monde entier que son référendum constitutionnel a été adopté avec 92,4% de oui, et une participation de 99,07 % de votants.
mercredi 7 mai 2008
SOS Birmanie
"Chers amis,
Selon les dernières informations (encore non confirmées) le bilan des morts en Birmanie après le cyclone Nargis va approcher les 100 000 avec encore 400 000 disparus supplémentaires.
Nous devons tous aider pour enterrer les corps des morts avec dignité humaine. En même temps nous devons aider ceux qui ont survécu au funeste cyclone avec des médicaments, des équipements de survie de base, de l’eau, de la nourriture, des vêtements, et des abris.
Nous avons besoin de l’aide de tous les Birmans et de nos amis, afin de faire face au pire désastre de l’histoire contemporaine de la Birmanie.
Ko Kyaw Thu (activiste et acteur) et son groupe, qui ont fournissent gratuitement des services funéraires ne sont plus en mesure de prendre en charge de nouvelles dépouilles.
S’il vous plait aidez notre peuple avec des dons, quelque soit le montant que vous pouvez, pour la survie du peuple Birman avant qu’il ne soit trop tard.
Chaque minute et chaque seconde après ce désastre se traduisent en vies humaines. Les très jeunes et les très vieux n’ont pas pu résister aux conditions dures et aux maladies véhiculées par l’eau.
Je voudrais que chacun de vous pense aux gens mourants à cause de la faim et des maladies après avoir survécu à ce cyclone mortel.
S’il vous plaît essayez d’imaginer les enfants affamés, pleurant à côté des corps gisants de leurs parents, sans abri. Il y avait au moins 15 millions de personnes vivant dans la zone la plus affectée, et la plupart de ces régions étaient isolées du reste du monde, à cause du manque ce routes, même en temps normal.
S’il vous plaît essayez d’imaginer les êtres frissonnants et affamés attendant désespérément de l’aide dans l’obscurité, alors que des corps en décomposition flottent autour d’eux.
Oh, vous tous Birmans et amis, s’il vous plaît aidez les victimes de ce désastre naturel et aussi fait par l’Homme, avant qu’il ne soit trop tard.
Sit Mone "
Source : Burma Sit Mone, traduit de l’anglais par Sophie
mercredi 30 avril 2008
Les policiers courent toujours...

Dessin de Harn Lay, Irrawaddy, 12 Octobre 2007
Déjà en Octobre dernier, alors que la répression battait son plein, les chiens birmans s’étaient mis à manifester avec le portrait de Than Shwe autour du cou.
Le meilleur ami de l’Homme accomplit à nouveau son devoir avec courage dans la province de Sittwe, harassée par les autorités suite à des manifestations anti-référendum. Cette fois, c'est en arborant cette fameuse croix qui appelle au "non" interdit.
Source de l’information : Narinjara , via Art of Patience






