vendredi 1 février 2008
Un longue route pour la démocratie
mise à jour le 9 Février 2008
La voie birmane vers la démocratie est un chemin juché d'un demi-siècle de rêves avortés et d'outrages à l'humanité. Son parcours retrace le martyr d'un peuple. Loin d'une quelconque lueur d'espoir, les faits semblent mener inexorablement vers une dictature plus puissante d'année en année. La "feuille de route vers une démocratie disciplinée" est à ce jour le discours mystificateur d'une junte qui ne poursuit d'autre but que de légitimer une domination militaire qui assurera impunément la pérennité et l'essor sa puissance. Sur cette abomination fleurit une résistance birmane héroïque. Mais les pertes sont lourdes.
Le dossier qui suit se présente ainsi :
- 1 - L'aurore d'une démocratie, de 1945 à 1962
- 2 - Les années Ne Win, l'ombre de la tyrannie, de 1962 à 1988
- 3 - Les évènements de 1988, le "8888 uprising"
- 4 - Les élections de 1990 et l'assassinat d'une démocratie
- 5 - La junte, sa politique, ses résultats
- 6 - de 1990 à 2007
- 7 - Histoire de la feuille de route
- 8 - Sources, liens et articles complémentaires
Il peut s'enrichir de vos remarques, textes, photos, vidéos, etc. Merci !
1- L'aurore d'une démocratie, 1945-1962
Au cours de la seconde guerre mondiale, le général Aung San, d’abord allié aux japonais qui promettait l'indépendance de la Birmanie, engage finalement un combat qui unit les birmans contre le fascisme et pour l’indépendance. L’armée birmane, dirigée par lui et aidée par les britanniques, sortira les japonais de Birmanie.
Aung San est à la fin de la guerre un héros national. Face au pays encore divisé de par sa configuration ethnique, il est le seul homme politique respecté par les minorités et capable de faire l’unité. A 32 ans, il possède l’intelligence politique, diplomatique, le charisme et la détermination nécessaires pour mener son pays vers une démocratie indépendante. (cf Birmanie, une histoire sanglante d'Arnaud Dubus)
Il crée un gouvernement d’union nationale et réussit dès février 1947 à conclure l’indispensable accord d’intégration avec les minorités Karen, Shan, Kachin et Chin dans une Union Birmane, pourvue d’une constitution fédérale.
Le 19 Juillet de cette même année il est assassiné en séance de travail avec des membres de son cabinet par des hommes en uniforme à la solde d’un rival politique, U Saw. Il laisse 3 orphelins, dont une fillette de deux ans: Aung San Suu Kyi. La Birmanie libre et démocratique subit là une perte douloureuse et funeste. La fidélité, le respect, l’admiration et la gratitude des birmans sont alors si profonds que l’image de leur héro traversera le siècle pour rester jusqu’à ce jour l’emblème de leur espérance.
Un documentaire sur cette période
Cette tragédie n’entrave cependant pas l’achèvement du processus d’indépendance : Le 4 janvier 1948, à 4 heures 20 de matin, en conformité avec les indications des astrologues l'indépendance de l'Union de Birmanie est proclamée. Le drapeau de la nouvelle République flotte sur le pays. Il est rouge avec un canton bleu foncé, une grande étoile symbolisant l’Union birmane est entourée de cinq petites représentant les principales minorités ethniques : Karen, Shan, Kachin, Chin et Kachin.
C’est U Nu, un compagnon de combat d’Aung San, qui devient le premier chef d'état d’un gouvernement social-démocrate. Le pays connaît des conflits internes, mais le taux d’alphabétisation est le plus élevé de toute l’Asie, la presse est libre, le pays est surnommé le « bol de riz » de l’Asie du sud-est, il détient plus des trois quarts des réserves mondiales de teck. La célèbre « vallée des rubis » de Mogok extrait de ses mines depuis 700 ans, saphirs et autres gemmes, en particulier les plus beaux rubis du monde. La Birmanie a 2 000 km de côtes, des frontières communes avec le Bangladesh, l’Inde, la Chine, le Laos et la Thaïlande et peut s’affirmer sur la scène internationale.
Mais la politique de U Nu se heurte à l’hostilité de certaines minorités ethniques et communistes. Des rebellions se déclenchent et le gouvernement central perd le contrôle d’une partie du pays. En octobre 1958, il confie provisoirement sa direction au chef des armées, qui fut également un compagnon de lutte d’Aung San.
La mission de ce général au nom de guerre de « Ne Win » (« brillant comme le soleil ») est de rétablir l’ordre dans le pays. Mais son combat contre les minorités ethniques n’amène aucun résultat positif, et, deux ans plus tard, U Nu revient au pouvoir par une large victoire électorale.
C’est dans la nuit du 1er au 2 mars 1962 que Ne Win, sous le prétexte d’une recrudescence d’insurrections, s’attribue totalement le pouvoir par un coup d’État. Les révoltes et manifestations sont anéanties dans le sang. Le Premier ministre U Nu est emprisonné et sera exilé en 1966. L’ombre de la tyrannie s’abat sur la Birmanie.
2 - Les années Ne Win, l'ombre de la tyrannie (1962-1988)
Ne Win aboli le parlement, cumule tous les pouvoirs, devient chef d’état et président d’un conseil révolutionnaire de 17 membres. Il crée un parti unique, le BSPP (Parti du Programme Socialiste de Birmanie), inspiré d’une vague idéologie «marxiste-bouddhiste» : la voie birmane vers le socialisme.
Ne Win est un homme fantasque, autoritaire, coureur de jupons et superstitieux. Son chiffre fétiche est le 9, multiple du 3 qui signifie l’union du ciel, du monarque et de la terre. Il entame de vastes nationalisations qui s’étendent jusqu’aux petits commerces, et ferme la Birmanie au monde extérieur. Ses réformes mettent au chômage 250 000 petits commerçants indiens et chinois qui sont expulsés. Le marché noir et la contrebande se développent. L’économie a pris la route de son effondrement total. Ne Win n’admet aucune contestation, les libertés individuelles se réduisent, et il poursuit sa guerre contre les minorités ethniques.
La chape de plomb et la violence de la dictature ne résolvent aucun des problèmes de la Birmanie. Ses erreurs de gestion sont lourdes de conséquences : l'absence de compétition privée, la rigidité idéologique, la corruption et l’incompétence du régime mènent à l’effondrement du système économique, les rebellions ethniques gérées dans la violence s’enflamment de plus belle, le conflit avec les communistes birmans s’amplifie, et le budget de l’armée devient considérable. La pression des contestations monte.
En 1974, des insurrections étudiantes et des grèves se multiplient dans les villes. L’armée tire sur la foule et fait 22 morts. A Akyab, sur le golf du Bengale, les dockers refusent de charger du riz destiné à l’exportation alors que la population a faim. Dans un cumul de tragédies, des inondations font plusieurs milliers de victimes. Fin 1974 la loi martiale instaurée brise une nouvelle fois l’élan du peuple prisonnier vers sa liberté. L’étau terrible se resserre, et une loi est créée en 1975, « visant à protéger l’état des d’éléments destructeurs ». Elle permet d’emprisonner quelqu’un pendant 5 ans sans jugement. Cette loi est toujours en vigueur à ce jour.
Dans les années 1980, la Birmanie demande et obtient le statut de pays le moins avancé (PMA) auprès des Nations Unies, et bénéficie ainsi d'un soutien financier pour faire face à sa dette extérieure de 3,5 milliards de dollars. Fin 1987, l'économie est ruinée. Le pays est isolé du reste du monde et est classé parmi les 10 plus pauvres. Les salaires sont figés depuis 30 ans et l'inflation atteint 500 %. La population est sous le joug capricieux d’une dictature aux règles ubuesques où les droits individuels sont en régression permanente.
La troisième démonétisation annoncée brutalement le 1er septembre 1987 est l’étincelle qui met le feu aux poudres : sur le conseil de son numérologue, et parce que le 9 est son chiffre porte bonheur, Ne Win décide de retirer de la circulation, sans indemnisation, les plus petites coupures de kyats, soit environ 70% de la monnaie birmane. Le système bancaire étant inexistant, 90% de la population se retrouve ruinée du jour au lendemain.
La révolte gronde.
3- Les évènements de 1988, le "8888 uprising"
Ce dernier caprice de despote met le feu aux poudres et catalyse la révolte du peuple. Elle touche d’abord les étudiants, puis entraîne professeurs, moines, fonctionnaires, paysans, médecins, intellectuels en quelques semaines. Incidents et répressions s’enchaînent et font des centaines de morts. L’armée est alors sous la direction de Sein Lwin, qui sera bientôt nommé le « boucher de Rangoon ».
En Mars, Aung San Suu Kyi revient en Birmanie après 20 ans d’absence pour se rendre au chevet de sa mère. Le 15, des milliers d'étudiants défilent à Rangoon arborant un drapeau orné du paon combattant. Le cortège est dissout à la mitrailleuse. Le 18 plusieurs milliers d'étudiants sont emprisonnés. Certains survivants y sont encore à ce jour.
Mais la révolte est profonde et le mouvement de protestation, mieux organisé, renait en juin entraînant de nouveaux massacres. Il s’est étendu et continue inexorablement de s’amplifier. Devant la fureur du peuple, les réponses de Ne Win claquent : la loi martiale est décrétée le 21 juin et les militaires tirent à vue. La loi martiale durera 4 ans.
Le peuple outragé persévère, et en dépit des morts et de la terreur, les manifestations continuent. Alors un congrès extraordinaire du BSPP admet la faillite du pays. Un Ne Win usé par l’âge et les excès démissionne le 23 juillet. Ce n’est ni une victoire du peuple, ni une ouverture de la junte : il est remplacé par son bras droit… Sein Lwin, « le boucher de Rangoon ».
Le régime de Ne Win était certes insoutenable, mais c’est à partir de 1988 que commence le véritable martyr du peuple birman. Le 8 août marque le début d'une grève générale. 500 000 personnes défient à Rangoon l'interdit de manifester. Ils sont des millions à marcher dans le pays. Tous exigent la fin du régime et l’instauration de la démocratie. L’armée a préparé sa réponse, elle encercle les manifestants et tire à vue. C’est un massacre effroyable : de 3.000 à 10.000 personnes sont froidement assassinées, sans compter ceux ou celles qui périssent durant leur fuite à travers le pays. Cet épisode restera connu sous le nom de "8888 uprising". Malheureusement, les massacres ne s’arrêteront pas ce jour là, et les arrestations continueront par milliers.
un documentaire sur cette période
Le gouvernement reconnaît 112 morts, et le 12 Août, Sein Lwin démissionne. Il est remplacé par Maung Maung. Mais une nouvelle tête et de vagues mensonges ne peuvent plus masquer l’effroyable réalité qu’observe un peuple martyr.
Grèves, incidents et répressions reprennent. Démocratie, démocratie, démocratie ! 10 jours après le massacre, ils sont des centaines de milliers à Monywa et à Mandalay, et le 22, alors que commence une grève générale, il y a entre 100 000 et 300 000 manifestants à Rangoon, entre 700 000 et 800 000 dans les rues de Mandalay et maintenant les moines sont en première ligne des cortèges.
Entre le peuple birman et Aung San Suu Kyi, une profonde histoire d’amour est sur le point de commencer. Le 25 août 1988, celle dont le nom signifie « brillante collection d’étranges victoires » séduit un demi-million de Birmans venus l'écouter lors de son premier discours public près de la pagode ShweDagon. Sa filiation, son discours empreint de la philosophie de Mahatma Gandhi, son charme, son intelligence, son éthique, sa détermination et son courage la propulsent instantanément à la tête du combat des birmans pour leur liberté. Aung San Suu Kyi renoncera au nom de cet amour à sa liberté, à ses enfants, à sa famille.
Le 18 septembre 1988, un nouveau coup d’état militaire met le général Saw Maung au pouvoir. La junte, constituée de 19 membres institue le S.L.O.R.C. (Comité d’Etat pour la restauration de la loi et de l’ordre) et impose l’état de siège. Elle réaffirme sa position par l’effroyable massacre d’un millier de manifestants, pour l'essentiel des écoliers. «Ce qui s'est passé est tellement honteux que je n'ai pas de mots pour le qualifier», s'émeut un ambassadeur occidental en poste à Rangoon.
Promesses, répressions, arrestations, et condamnations avancent ensemble. Au delà d'une indicible barbarie, la junte devient manipulatrice. Le nouveau pouvoir légitimise sa dictature par le chaos, l’état d’urgence, et la nécessité d’y remédier. Il promet paradoxalement des élections libres et pluralistes en 1990, autorise la création de partis politiques et se dit disposé à quitter le pouvoir après les élections.
Les manifestations s’apaisent, l’opposition s’organise. Aung San Suu Kyi participe à la création de la NLD (National League for Democracy), coalition d’opposition, et en devient la secrétaire générale le 27 septembre.
L’autorisation des partis politiques permet d’identifier tous les meneurs et adversaires du régime. Au cours de l’année 1989, des milliers d’arrestations ont lieu. La junte multiplie les tracasseries à l’égard d’Aung San Suu Kyi. En avril, alors qu'elle se trouve dans le bassin de l'Irrawaddy, on lui interdit tout déplacement à pied ou en voiture. Elle mène donc sa campagne à bicyclette, sous l'œil des militaires qui n'osent l'arrêter «n'ayant reçu aucun ordre à ce sujet».
Le 12 mai, la Birmanie change de nom et devient le « pays merveilleux » (Myanmar). Le 4 juillet, le célèbre journaliste U Win Tin, mentor politique de Aung San Suu Kyi est arrêté. Il est à ce jour encore emprisonné. U Kawira, un moine de Mandalay qui a été un des leaders des manifestations de 1988 est accusé de trahison et condamné à mort.
Après avoir tenu des dizaines de meetings publics, Aung San Suu Kyi est arrêtée le 20 juillet, accusée de porter atteinte à la sûreté de l’état. Les militaires lui proposent de quitter la Birmanie, ou d’être emprisonnée. Elle choisit de rester, et sera assignée à résidence pour 3 ans dans sa villa, 54 rue de l’Université, à Rangoon. Cela sera son premier emprisonnement, qui durera non pas 3 mais 6 années.
«Le pays s'est refermé comme une huître sur sa perle», écrivent Jean-Claude Buhrer et Claude Levenson dans «Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie» (Ed. Picquier).
La junte prépare les élections. Tous les coups sont permis.
4 - Les élections de 1990 et l'assassinat d'une démocratie
Envers et contre tout, le 27 mai 1990, le Ligue Nationale pour la Démocratie remporte une victoire écrasante. Elle obtient 82% des sièges, soit 392 sur 485. La junte dévoile alors au monde son ignominie : elle nie le scrutin et n’accepte pas de transférer le pouvoir. Le parlement élu ne siégera pas et Aung San Suu Kyi, Premier Ministre restera en résidence surveillée. La communauté internationale s'éveille au drame birman.
Les militaires commencent à mettre les chefs du gouvernement élu en prison et en résidence surveillée. A partir du mois d’Août, l’opposition de la Sangha bouddhiste s’organise. Le 18 Décembre, le gouvernement légitime est formé en exil. Il porte le nom de National Coalition Government Union of Burma (NCGUB).
Le peuple qui se bat depuis 2 ans au prix de son sang est entre les mains d’une junte d’autant plus féroce qu’elle se sait haïe, méprisée et illégitime. La crise est profonde, et le pouvoir devra pour se maintenir briser l’élan vital du peuple, assassiner jusqu’à son essence. Pour cela, la junte aura besoin d’accroître son pouvoir, déploiera la terreur, le pillage des ressources à son unique profit, la propagande, la corruption, la manipulation et commencera à isoler sa proie de tout ce qui pourrait la soutenir.
5 - La junte, sa politique, ses résultats
Isolationnisme et unité nationale
Le nationalisme xénophobe est le ciment idéologique du SLORC/SPDC, Le message est que, les étrangers essaient de diviser les « races » birmanes, et de s’attribuer les richesses du pays. Le lieutenant-général Phone Myint déclarait en 1991 : « Il n'y a pas d'autre race que la vôtre qui soit capable de vous aimer ».
Les trois grandes causes nationales officielles sont : non-désintégration de l'unité, non-désintégration de la souveraineté nationale, consolidation de l'indépendance nationale, imposture de l’héritage laissé par Aung San. Imposture d'autant plus grande que l'hisoire montrera que l'apparente division des ethnies justifie le maintient de la force militaire. Le vieille stratégie "diviser pour mieux régner" est l'envers du discours sur la non désintégration de l'union.
Terreur, pillage, opium et corruption
C’est à partir de 1990 que le travail forcé et le déplacement de populations deviennent une institution au service du pays. En 1999 un rapport de l’Organisation Internationale du Travail dénoncera le travail forcé de 800 000 birmans.
La production d'opium fait un bond, passant de 800 tonnes par an à plus de 2 200 tonnes en quelques années. Les enfants sont enrôlés de force dans l'armée, eux ou leurs aînés sont utilisés comme boucliers, détecteurs de mines, ou porteurs de matériel militaire. L'armée à vu passer ses effectis de 200 000 à 500 000 en l'espace de 15 ans.
Si l’on juge un arbre à ses fruits, les funestes records accumulés par la Birmanie d’aujourd’hui dénoncent plus que l’incompétence de ses gouvernants : 7ème pays le plus pauvre du monde, deuxième producteur et exportateur mondial d’opium et de son dérivé transformé, l’héroïne, production de métamphétamine (drogue de synthèse dite «du pauvre» qui fait des ravages) évaluée à plus d’un milliard de pilules pour 2003, plus grande armée d’enfants au monde, plus fort taux de déforestation au monde, classement parmi les 3 pays les plus corrompus du monde avec Haïti et l’Irak, avant dernier pays au monde pour l’offre de prestations de santé, 339 000 personnes atteintes du sida en novembre 2007, une moyenne de 400 enfants de moins de 5 ans qui y meurent chaque jour… etc.
Un dossier en anglais sur la santé des les droits de l'homme en Birmanie de l'est :
GEOCITIES -Chronic Emergency - Health and Human rights in Eastern Burma
La carte qui suit illustre en partie les populations réfugiées, les zones de déforestations, de conflits et de résistance. Elle est parue dans Le Monde diplomatique de Novembre 2006, et accompagne un article d’André et Louis Boucaud, "Paranoïa, répression et trafics en Birmanie". (cliquer sur la carte pour l'agrandir)
A noter en complément et mise à jour que sur cette carte n’apparaissent pas les camps de réfugiés Bangladesh. Au début des années 90, plus de 250 000 birmans ont fui en traversant la frontière du Bangladesh et ont été hébergés dans 20 camps. 236 000 ont depuis été rapatriés au Myanmar. Actuellement, environ 20 500 réfugiés enregistrés vivent dans les deux derniers camps. A noter également que le dernier recensement concernant les réfugiés dans les camps de Thaïlande les dénombre à 153 847, que le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de la Birmanie serait proche du million, et que le nombre de migrants évalués ne serait-ce qu’en en Thaïlande serait également de l’ordre de 2 millions, dont 1 500 000 en situation illégale.
La spirale infernale
La junte entraîne le peuple dans une spirale infernale. Chaque sursaut vital est motif à un resserrement de l’étau, et l’espérance se voit transformée depuis 45 ans en soubresaut autodestructeur. Dans le cas des ouvertures, l'histoire de la Birmanie montre qu’il s’agit principalement de donner un os à ronger au peuple et à la communauté internationale lorsqu’ils aboient trop fort. Malgré cela, la résistance se poursuit, héroïque. La liberté birmane, au delà de l'enfer subi le peuple, ne semble pas pouvoir mourrir.
La pression d’un peuple à l'agonie avec l’énergie du désespoir est une situation plus que potentiellement explosive. Le maintien en détention des prisonniers politiques, la hausse de 166 pour cent de la redevance pour les antennes paraboliques, ainsi que la suppression des hébergeurs de blog de Janvier 2008 ne peut que laisser présager que la junte anticipe les futures manifestations, et qu’elle souhaite supprimer toute possibilité d’échange entre le monde et ses victimes. La reprise du dialogue avec Aung San Suu Kyi et surtout cette fameuse feuille de route pour la démocratie démontrent par leur absence totale de résultat qu’il ne s’agit que d’un leurre. Le premier des sept points, à savoir la rédaction des principes préalables à une nouvelle constitution a mis 14 ans. Il ne s’agit que de la dernière (?) carte de la junte qui gagne du temps pour assurer toujours plus son pouvoir et sa survie même.
Le passé politique de la junte corrobore ce constat. La seconde dictature, de 1988 à aujourd’hui, est une valse de promesses non tenues, de tromperies, de répressions, de violations des droits de l’homme, de timides avancées suivies de reculs fermes. Elle n’a plus à ce jour un iota de crédibilité quant à sa parole et à ses intentions démocratiques.
Retranchés depuis deux ans dans les bunkers de Naypidaw, les généraux redoutent certainement d’avoir à répondre un jour prochain devant des tribunaux nationaux ou internationaux d’une panoplie à grande échelle d’un demi-siècle de pillage et de crimes contre l’humanité. Il n’est logiquement et manifestement aucunement dans leur intention de faire aboutir une démocratie qui signerait leur perte.
Le temps gagné leur est précieux dans cette course contre leur peuple. En plus des richesses déjà énormes de la Birmanie (mines, opium, rizières…), la découverte des énormes gisements de gaz dans le nord (les 10èmes plus vastes réserves du monde), a mis la Birmanie au rang des nations potentiellement les plus riches du Sud-Est Asiatique. Les bénéfices liés à leur exploitation leurs donnent des moyens financiers illimités, et leur permettent des appuis politiques internationaux précieux.
6 - De 1990 à 2007
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7 - Histoire de la feuille de route et de la Convention Nationale
Mise à jour 19 Février 2008
C’est en Avril 1992, sous la pression du peuple et de la communauté internationale, que la junte annonce sous 6 mois la création d’une Convention Nationale chargée de rédiger une constitution à caractère démocratique. La Convention Nationale comprend alors 702 membres, parmi lesquels siègent seulement 99 du parlement élu en 1990, soit une représentation de 14% de l’opposition. Aucune liberté de débats n’a bien sûr été obtenue.
10 ans plus tard, en août 2003, le général Khin Nyunt expose la feuille de route en sept points vers la démocratie.
Les 7 points de la feuille de route sont :
1°) Convoquer la Convention nationale chargée de rédiger une nouvelle Constitution
2°) Prendre les mesures nécessaires à l’établissement d’un régime démocratique une fois la Convention nationale achevée
3°) Rédiger la Constitution selon les principes édictés par ladite Convention
4°) Organiser un référendum dans l’ensemble du pays pour ratifier cette Constitution
5°) Organiser des élections parlementaires selon les nouvelles règles constitutionnelles
6°) Réunir le nouveau Parlement élu
7°) Établir une nation moderne et démocratique avec à sa tête un chef d’État et un gouvernement élus par le Parlement.
Cette convention, composée de 1075 délégués triés sur le volet s’est tenue dans un complexe militaire au nord de Rangoon. Ils encouraient jusqu'à vingt ans de prison s'ils communiquaient sans autorisation des discours à des journalistes et cinq ans s'ils refusaient de continuer les discussions.
4 ans après l’annonce de la feuille de route, le 3 Septembre 2007, et 15 ans après l’ouverture de la convention, l’étape n°1, à savoir seulement la définition des principes préalables à une nouvelle constitution s’achève.
un quart des sièges de l'assemblée nationale, du Sénat et des assemblées régionales réservé aux militaires,
obligation pour le Président d'avoir 15 ans d’expérience militaire,
obligation pour le Président d’avoir une épouse ou un époux birman et des enfants vivant en Birmanie (ce qui exclut Aung San Suu Kyi),
pleins pouvoirs pour l’armée en cas de désintégration de l’union
… etc.
Pour plus de précisions sur la feuille de route (en anglais), vous trouverez en suivant les liens ci-après :
une analyse en anglais :Road map to instability - Alternative Asean Network on Burma - National Convention,
une chronologie de 1992 à 2006 du journal l'Irrawaddy.
L’étape numéro deux est vague, et la troisième étape a débuté. Cinquante-quatre personnes ont été nommées au sein d'un comité pour rédiger la constitution, à savoir, compte tenu du socle élaboré par la Convention Nationale, un arrangement pseudo démocratique qui devra assurer et légitimer constitutionnellement la pérennité de la domination militaire.
La junte a annoncé le 9 Février 2008 le calendrier des points 4 et 5 de la feuille de route en sept points, à savoir la tenue d'élections multipartites, qui auront lieu en 2010, précédées en mai 2008 d'un référendum constitutionnel.
« Nous avons réussi dans les secteurs économiques, sociaux et autres et dans le rétablissement de la paix et de la stabilité", a annoncé la junte...
"De ce fait, des élections multipartites, démocratiques se tiendront en 2010", poursuit le communiqué diffusé sous l'autorité du général Tin Aung Myint Oo, Premier Secrétaire du SPDC.
"En accord avec la quatrième étape de la feuille de route en sept points vers la démocratie, un référendum national se tiendra en mai 2008 pour ratifier le récent projet de constitution".
L'opposition refuse toute élection sans Aung San Suu Kyi.
No comment.
La junte a annoncé mardi 19 février 2008 que la rédaction du nouveau projet de Constitution était achevée. La radio et la télévision d'Etat ont déclaré que les 54 membres de la Commission constitutionnelle avaient bouclé plus de deux mois de travail, mais le texte n'a pas été rendu public.
8 - Sources, liens et articles complémentaires du dossier
Indesens - Birmanie, histoire d'un gâchis
Site de l'Ambassade de France en Birmanie
Agoravox - Les bonzes et la jeunesse birmanes : l’énergie du désespoir
En anglais, Key figures of 1988
Le Monde du 28 juillet 88 : les partisans de M. Ne Win gardent le pouvoir
Birmanie, statistiques mondiales
Birmanie.ch - dossier sur la Birmanie
Minorites.org - Birmanie, une histoire sanglante, d'Arnaud Dubus
Clio.fr - Chronologie de la Birmanie
RFI - 19 octobre 2004 - la junte congédie son premier ministre (Khin Nyunt)
Association Ame d'Asie - Le peuple Karen se meurt
Birmanie Net hebdo n°13 - Ne Win
Amnesty International Belgique, histoire de la Birmanie
Points chauds - 2003. Birmanie la dictature oubliée
Le Monde diplomatique - Novembre 1998 - Un coup d'état feutré, par André et Louis Boucaud
























