lundi 7 juillet 2008
Interview avec U Kovida, moine Birman exilé en Suisse
Voir également le site : http://www.thebestfriend.org/
lundi 16 juin 2008
Birmanie : la religion ne peut être séparée de la politique
La politique des moines : Un moine tenant un bol à l’envers.
Un acte de refus de l’aumône provenant des militaires,
qui constitue la suprême "offense" pour un bouddhiste
Permettez moi de discuter avec le lecteur, du Bouddha et de Son point de vue sur la politique. Etant moine bouddhiste, j’essaierai de vous éclairer sur un mode de vie convenable et la meilleure manière de s’impliquer politiquement, en accord avec l’enseignement du Bouddha. Ces enseignements, loin de ne s’adresser qu’aux bouddhistes, sont aussi destinés aux non bouddhistes. Ils sont pour tous.
Que signifie être "bouddhiste" ? La meilleure réponse étant que ceux qui pratiquent et vivent en accord avec les enseignements du Bouddha sont appelés bouddhistes, car la pratique est très appréciée du Bouddha. Ensuite, que sont les enseignements du Bouddha ? La réponse courte et rudimentaire est que nous devons toujours nous efforcer de faire le bien et de pratiquer la bonté, plutôt que de faire le mal et de blesser autrui.
Evidemment, personne ne pourrait jamais conclure que les dirigeants actuels du Myanmar sont bouddhistes. Ils ne se sont attachés qu’à la dénomination, pour s’affilier au Bouddhisme et diriger le pays. Ils "tentent" de devenir bouddhistes sans rien connaître des enseignements du Bouddha. Ces généraux vivent vraiment d’ignorance et de foi aveugle, car les véritables bouddhistes doivent avant tout, être des autodidactes qui continuellement, pratiquent pour atteindre la libération suprême (Nirvana).
La politiques et les affaires politiques sont considérés en Bouddhisme, comme des préoccupations mondaines, oui. Mais le Bouddha n’a pas ignoré ces mondanités, car en Prince aliéné et affranchi de ses préoccupations mondaines antérieures, Il continuait de vivre en société. L’aumône de nourriture vient d’un grand nombre de personnes qui constituent la société. Ainsi, ne devrions nous pas travailler à élever la société jusqu’à ce qu’elle atteigne une forme plus évoluée, pour être plus efficace et plus juste ?
Le Bouddha a également dit aux moines d’œuvrer pour le bien du plus grand nombre, pour le bénéfice de tout être vivant et pour l’évolution de la société. La fondation de la communauté des moines (Sangha en Pali, le Pali étant la langue originelle du Bouddha) était entièrement dédiée au bénéfice du peuple.
Dans la vie de Bouddha, nous constatons que le Bouddha a souvent abordé la politique avec les dirigeants des royaumes de son temps, tels le roi Mala, le roi Kosala, le roi Licchavi ainsi que le roi Ajatasattu. Le Bouddha a toujours prêché auprès des rois, que ces derniers se devaient de diriger leurs royaumes avec le dasarajadhamma.
En Pali, le dasarajadamma est basé sur les dix préceptes, pour que le roi gouverne son pays au mieux. Ces préceptes recommandent : (1) d’être libéral et d’éviter l’égoïsme, (2) de maintenir un caractère moral élevé, (3) d’être préparé à sacrifier son propre plaisir pour le bien-être des sujets, (4) d’être honnête et de respecter une intégrité absolue, (5) d’être aimable et doux, (6) de mener une vie simple pour que les sujets fassent de même, (7) d’être exempt de toute haine, (8) de pratiquer la non-violence, (9) de pratiquer la patience, et(10) de respecter l’opinion publique afin de promouvoir la paix et l’harmonie. N’importe quel gouvernement ayant le souhait de gouverner une nation pacifiquement, peut mettre en pratique ces 10 préceptes même aujourd’hui ; ils ne se sont pas encore "démodés" et ne passeront jamais "de mode".
Le Bouddha a prêché la non-violence et la paix comme messages universels. Il n’approuvait ni la violence, ni la destruction de la vie. Il a déclaré qu’une guerre "juste" n’existait pas. De ses propres mots, Il a enseigné : "Le vainqueur nourrit la haine ; le vaincu vit dans la misère. Celui qui renonce et à la victoire, et à la défaite est heureux et paisible".
Le Bouddha n’a pas seulement enseigné la non-violence et la paix : il a probablement été le premier et seul enseignant religieux à s’être rendu personnellement sur le champs de bataille afin d’empêcher qu’une guerre n’éclate, en diffusant de la tension entre les Sakyas et les Koliyas qui étaient sur le point de guerroyer au dessus des eaux du fleuve Rohini. Il a également dissuadé le roi Ajatasattu d’attaquer le royaume des Vajjis.
Il a montré que les pays pouvaient devenir corrompus, dégénérés et malheureux lorsque dirigeants du gouvernement devenaient corrompus et injustes. Il a condamné la corruption et a énoncé que les actions des gouvernements devaient se baser sur des principes humanitaires.
La Bouddha a dit un jour : "Lorsque le dirigeant d’un pays est bon et juste, les ministres deviennent bons et justes ; lorsque les ministres sont bons et justes, les fonctionnaires sont bons et justes, lorsque les fonctionnaires sont bons et justes, la piétaille devient bonne et juste ; lorsque la piétaille devient bonne et juste, le peuple devient bon et juste".
La religion et la politique sont très clairement assimilables à un billet de banque, pourvues de deux facettes. La face avant peut être considérée comme la religion et la face arrière, comme la politique. On ne peut les séparer l’une de l’autre. Autrement, la monnaie ne vaut plus rien.
De la même manière, les moines bouddhistes et les autres dirigeants religieux ne devraient se détacher de la politique. Je ne signifie pas qu’ils devraient gouverner les pays, mais juste présenter et avancer leurs préceptes bouddhistes à travers le fonctionnement d’un gouvernement, pour empêcher tant de guerres et de conquêtes, de persécutions, d’atrocités si évidentes, de rebellions, et de destructions d’œuvres culturelles et artistiques.
On peut probablement considérer la Thaïlande et le Sri Lanka comme des exemples de nations bouddhistes prospères mais imparfaites. Le Myanmar a encore beaucoup de chemin à faire dans cette direction, et les généraux birmans, s’ils étaient futés et s’ils voulaient la survivance de leur gouvernement, travailleraient à un rapprochement avec les dirigeants bouddhistes, qui ont toujours eu l’appui et la bonne volonté de la plus grande majorité du peuple birman. Au lieu de les écraser, les infiltrer, les emprisonner, les battre, les tuer, et sinon de persécuter les moines bouddhistes du Myanmar.
Ashin Mettacara
Source originale Ashin Mettacara,
traduction en français par Hélène Le pour Buddhachannel
mercredi 14 mai 2008
Burma it can't wait, 14ème jour, par Thich Naht Hanh
US Campaign for Burma a lancé il y a 14 jours une campagne "30 jours pour 1 million de voix" ; chaque jour, une personnalité intervient sur la Birmanie au cours d'un court métrage. Aujourd'hui, Thich Naht Hanh parle de la non violence et rend hommage aux moines Birmans.
A ce jour, 44 202 personnes ont participé à cette campagne. Pour en savoir plus : http://uscampaignforburma.org/
mardi 13 mai 2008
Une délégation de moines Birmans à Paris
SOLIDARITE POUR LE PEUPLE BIRMAN
Evènements sur la Birmanie autour de la venue de moines birmans
à Paris entre le 14 et le 17 mai 2008
INFO BIRMANIE : Alors que la Birmanie vient d'être touchée par une catastrophe sans précédent, et que le régime militaire s'accroche toujours au pouvoir, Info Birmanie vous invite à rencontrer une délégation de moines birmans de l’Organisation Internationale des Moines Bouddhistes, qui témoigneront de la situation de leur pays, et de leur engagement en faveur de la démocratie.
Ces ambassadeurs de la paix se sont engagés, parfois au péril de leur vie, dans un mouvement de résistance contre la dictature militaire, afin de soulager les souffrances du peuple birman qui vit dans l’oppression depuis plus de 40 ans.
Mercredi 14 mai à 17 heures
Conférence de Presse – Aide Humanitaire et Référendum
Cette conférence de presse sera l’occasion de revenir sur la catastrophe humanitaire qui a frappé la Birmanie après le passage du cyclone Nargis, et d’analyser les blocages politiques et diplomatiques qui ont empêché l’acheminement de l’aide internationale pendant la première semaine.
L’Etat birman s’est révélé défaillant, incapable de porter secours à sa population, et refusant aux victimes le droit élémentaire d’être secourus. Qu’en est-il de la ‘Responsabilité de Protection’, votée par l'ONU en 2005, ainsi que du Droit d’Ingérence?
Samedi 10 mai, en dépit de l’Etat d’urgence et d’un bilan humain terrible, la junte militaire s’est entêtée à maintenir le référendum populaire. Quels sont les enjeux de ce référendum pour la junte, dans quel contexte politique s’insère-t-il ? Quelle légitimité la junte attend-elle de ce scrutin, pourtant tant décrié ?
En présence de :
- Monsieur le député Jean Glavany, vice-président du groupe Birmanie à l’Assemblée Nationale
- Madame la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, Présidente du groupe Birmanie au Sénat
- Jane Birkin, comédienne
- Ashin Sopaka et Ashin Wi Thu Da, bonzes birmans vivant en exil
- Isabelle Dubuis, coordinatrice d’Info Birmanie
Jeudi 15 mai à 20 heures 30
Projection-débat – TOTAL Denial
Lieu : Cinéma Le Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs, Paris 6ème
Entrée : 5 Euros
Le documentaire TOTAL Denial revient sur la présence du groupe TOTAL en Birmanie et les multiples violations des droits de l’homme qui ont été commises dans la zone du gazoduc. Plusieurs familles birmanes, aidées par un défenseur des Droits de l’Homme, ont décidées de tenir tête à la multinationale en portant leur cas devant la justice. Ce documentaire reçut le prix des Droits de l’Homme Vaclav Havel.
La projection sera suivie d’un débat en présence des moines Ashin Sopaka, Ashin Wi Thu Da et U Kumara, ainsi que d’Isabelle Dubuis, Coordinatrice d’Info Birmanie, de la réalisatrice du documentaire Milena Kaneva, et de Francis Christophe, journaliste.
Vendredi 16 mai à 20 heures
Rencontre-débat – « Engagement religieux et résistance politique : la Révolution safran est-elle finie? »
Lieu : Eglise St Marcel – 82, boulevard de l'hôpital, Paris 13ème
Entrée libre
Table ronde avec les moines Ashin Sopaka, Ashin Wi Thu Da et U Kumara, et avec Isabelle Dubuis, Coordinatricle d’Info Birmanie, Père Thierry Marie Courau, Professeur à la Catho, et Mme Khin Zinn Minn, réfugiée politique en France.
Source et informations complémentaires sur : http://www.info-birmanie.org/
mardi 25 mars 2008
Birmanie, impuissance et amertume des moines birmans 6 mois après la répression
RANGOUN, 25/03 - "Nous avons fait notre possible pour le peuple mais qu’avons-nous obtenu"? Six mois après la répression des manifestations menées par des moines bouddhistes en Birmanie, les rares religieux qui osent s`exprimer avouent leur impuissance face à "la peur" instillée par la junte.
…Lire la suite dans Angola Press
...Accéder à l'article intégral de l'AFP, en anglais.
mercredi 19 mars 2008
Une flamme pour la paix
Ce jeudi 20 mars 2008 à partir de 20 heures, chacun est invité à illuminer par des lampions ou des bougies ses fenêtres. Partout dans le monde. Et puis tous les jeudis jusqu’au 8 août (date d’ouverture des jeux olympiques).
« Quelle que soit votre vénération pour les maîtres tibétains
et votre amour pour le peuple tibétain,
ne dites jamais du mal des Chinois.
Le feu de la haine ne s’éteint que par l’amour
et, si le feu de la haine ne s’éteint pas,
c’est que l’amour n’est pas encore assez fort ».
Sa Sainteté le XIVème Dalaï Lama.
Source : Buddhachannel
mercredi 20 février 2008
La Sangha doit faire ce qui est en son pouvoir pour le peuple de Birmanie
Le moine leader du All Burma Monks Alliance (ABMA), U Pyinyarzawta, est récemment parvenu à atteindre la frontière birmo-thailandaise. Il est pourchassé par le régime depuis la Révolution Safran de l’année passée.
Le Sayadaw (abbé), qui a mené les protestataires dans leur récitation du soutra Mettra, explique qu’il croit fermement avoir agi pour la vérité et l’intérêt du peuple, et non pour la politique.
Il est aussi le confrère des dirigeants des étudiants de la génération 88 et a été arrêté auparavant, interrogé et emprisonné à plusieurs reprises. Il a également été le Taikoat Sayadaw (député Sayadaw) du monastère Maggin de la commune de Thingangyun à Rangoon, actuellement fermé.
Deux des six Sayadaws fondateurs de l’ABMA sont derrière les barreaux. Il a déclaré solennellement que le dialogue était essentiel pour la prospérité du pays.
Q : Quand avez-vous atteint la frontière ?
A : Il y a quelques jours.
Q : Nous vous connaissons comme l’un des moines leaders de la Révolution Safran, au même titre qu’Ashin Gambira.
A : U Gambira est un membre de l’ABMA. Selon la prêtrise, je suis le doyen et le plus responsable parmi eux. Il y a six moines à l’ABMA. J’y contribue par mes suggestions, mon expérience et ma connaissance. J’ai été arrêté une première fois en 1990 et emprisonné pendant trois ans. Puis j’ai été emprisonné une seconde fois en 1998, pendant sept ans. Je suis le confrère de Ko Htay Kywe et Ko Ko Gyi.
Q : Pourriez vous me donner votre âge et me parler de votre expérience de la prêtrise ?
A : J’ai 48 ans, et j’ai passé 28 ans dans la prêtrise. Je suis le Taikoat du Monastère de Maggin.
Q : Le Monastère de Maggin est actuellement fermé, n’est-ce pas ?
A : Oui, le président de l’ABMA est actuellement en détention à la prison d’Insein. Il est le Sayadaw senior de ce monastère et j’en suis le Taikoat (adjoint).
Q : Pourriez vous partager votre souvenir ainsi que votre expérience de la Révolution de Safran ?
A : L’expérience la plus significative a eu lieu le jour où nous avons commencé notre boycott excommunicateur. Nous avions annoncé que nous commencerions notre boycott le 18 septembre. Dans le cas où nous aurions échoué, le peuple aurait constaté que nous ne tenions pas nos promesses et il aurait laissé tomber tout le monde, toute la Sangha (communauté religieuse) et la Sasana (religion). Nous avions prévu de mener ces rites de boycott en cinq lieux différents de la Birmanie, dont trois à Rangoon même. A Mandalay, ils sont parvenus à débuter le boycott le 19, au lieu du 18 comme prévu. D’abord nous étions sceptiques quant à nos chances de lancer le boycott. Mais nous avons dépassé toutes nos attentes. Aussi, ce fut pour moi l’expérience la plus palpitante.
Q : Et à propos de votre expérience de marche en procession avec vos camarades moines et de récitation du soutra Metta ?
A : Je n’ai pas marché devant avec les moines expérimentés, mais j’ai joué un rôle de meneur en me ralliant à eux et en gérant le travail qui devait être fait. Si j’avais marché avec eux devant, le mouvement aurait été instantanément exposé et on s’en serait chargé. Je n’ai donc pas marché devant. Les moines qui ont dirigé ces processions dirigeaient des organisations de moines membres de notre alliance.
Q : Comment avez vous échappé à l’arrestation après le mouvement ?
A : Je vais vous dire ce que je peux vous dire, mais je dois préserver la sécurité des personnes qui sont encore en Birmanie. Le régime a fait une rafle dans notre Monastère de Maggin le 26 septembre. Ayant commencé plusieurs jours avant la Révolution Safran, suivant les arrestations en août de mes confrères Min Ko Naing et Ko Ko Gyi, je n’étais pas resté dans mon monastère. Nous avons ensuite formé l’alliance des moines. J’étais en dehors du Monastère lorsqu’ils ont fait leur rafle. Depuis la répression j’avais fui de cachette en cachette, grâce au concours d’amis, de confrères moines, de fidèles et de mes étudiants. Pendant cette période, nous avons travaillé ensemble afin de réorganiser notre alliance de moines. J’aimerais ajouter que nous avions fait toutes les préparations nécessaires.
Q : Quand avez vous réalisé que le mouvement devait être mené par des moines ?
A : Pendant longtemps, nous avons eu beaucoup d’organisations de moines, avant les manifestations contre l’augmentation du prix du carburant en août, et la révolution de septembre : Young Monks Association, Sangha Union, Rangoon Young Monks Union et Thawtuzana. Nous avions déjà eu l’idée de rejoindre les personnes et les forces pro-démocratiques lorsque le temps serait venu. Lorsque la junte a soudainement et drastiquement augmenté le prix du carburant, le peuple s’est indigné puis est descendu dans la rue, la junte a réprimé le mouvement à l’aide de ses brutes. USDA, Swan Arr Shin, et leur mouvement ont été interrompus. Alors nous nous sommes préparés à continuer cette tâche, en formant une alliance de moines à Mandalay. Mais notre mouvement a été stoppé à Pakokku, nous avons donc fait connaître aux médias notre intention d’initier un boycott contre le régime. A Pakokku aussi, les moines dirigeants le mouvement proviennent de nos organisations de moines.
Q : Quel est le but ultime de votre organisation de moines ?
A : Nous ferons tout ce qui sera bon pour le peuple et le pays. Mais notre mouvement doit être en adéquation avec notre religion et pour le bien du peuple, car notre organisation n’est pas politique. Nous n’agirons que pour la cause nationale.
Q : Qu’est-ce qui vous a décidé à fuir vers la frontière et quitter la Birmanie ?
A : Je ne voulais pas causer de problèmes à toutes les personnes qui m’ont caché pendant que j’étais en fuite et qu’on me pourchassait. Je craignais aussi pour ma famille, mes fidèles et étudiants. Alors j’ai décidé de fuir vers la frontière pour éviter ce genre d’événements malheureux.
Q : Est-ce qu’un autre mouvement comme la Révolution Safran peut encore émerger ?
A : Nous devons attendre un peu. Lorsque le moment sera venu, cela se reproduira. Quand l’indignation du peuple contre le régime atteindra un certain degré et qu’il décidera d’exprimer son mécontentement, nous serons prêts à le rejoindre. Une telle situation créera l’atmosphère d’une autre Révolution Safran ou quelque autre mouvement similaire. Je constate maintenant que les moines, les étudiants ainsi que les forces pro-démocratiques se préparent à ce moment.
Q : A présent j’aimerais revenir à la situation actuelle. La junte a annoncé qu’elle avancera dans son carnet de route. Comment le peuple doit-il répondre à son plan ?
A : Les Birmans peuvent agir de deux manières. La première consiste à protester, mais elle comporte nombre de restrictions. La junte les arrêterait, les emprisonnerait, les tuerait et leur tirerait dessus. L’autre méthode consiste à exprimer leur vœu et désire de mettre à exécution un boycott du référendum. Ces actions constituent l’exercice simple de leurs droits. Ils peuvent protester contre le référendum ou le dénoncer. J’espère que toutes les forces pro-démocratiques feront ce qu’elles peuvent. C’est un moment crucial pour chacun de nous. Nous devons faire un effort concerté pour réaliser nos objectifs.
Q : Quelle est votre opinion du gouvernement actuel ?
A : Ils compliquent des choses simples. Ils n’ont pas tenu leur promesse de transmettre le pouvoir au parti vainqueur après l’élection générale de 1990. La crise actuelle peut être résolue si l’on entre dans un dialogue. Mais ils ne se soucient que de leurs propres intérêts et s’accrochent au pouvoir en tenant ce référendum et une nouvelle élection en 2010.
Q : Certains disent que les moines doivent se tenir à l’écart de la politique. Quelle est votre opinion ?
A : La politique est un domaine vaste et étendu. Nous ne sommes pas impliqués dans la politique, il s’agit juste d’une accusation lancée contre nous par le régime. Nous ne formerons pas de parti politique et nous ne contesterons pas les élections parlementaires. Nous n’avons même pas le droit de voter. Nous sommes des moines, pas des politiciens. Mais même durant le règne du Roi Narathihapate, Shin Dethaparmaukha a agi en diplomate pour l’intérêt du pays et du peuple. Les moines agissent dans l’intérêt du peuple et du pays, dans une perspective religieuse similaire à celle de Shin Dethaparmaukha. Nous ne faisons pas de politique.
Q : Comment voyez vous le rôle de la Sangha Mahanayaka (la plus grande organisation de moines soutenue par le gouvernement ?
A : C’est le plus grand organe de moines et de la Sasana en Birmanie. Cette organisation a un jour lancé un appel à la junte et au peuple au plus haut du soulèvement de 1988. Encore une fois, il ne s’agit pas de politique, mais de religion. Ils ont appelé le gouvernement à stopper le massacre et la torture. Ils ont appelé le peuple à rester discipliné. De la même manière, ils devraient une fois de plus appeler le gouvernement à faire preuve de considération envers le peuple et le pays. De cette manière, ils gagneront en dignité et respect pour eux-mêmes et la Sasana. J’espère donc que la Sangha Mahanayaka lancera un appel au gouvernement et qu’elle prendra hardiment parti pour la justice et la vérité.
Q : Sont-ils en mesure de prendre pareille position ?
A : S’ils le veulent, ils peuvent. S’ils veulent éviter une telle situation, ils peuvent. Personne ne pourra les blâmer pour çà. S’ils peuvent le faire, ce sera pour le plus grand bénéfice du peuple et du pays. Je pense qu’ils devraient le faire. C’est juste, et non contraire au code disciplinaire bouddhiste.
Quelques mots sur U PYINYARZAWTA
-Né à Maezali, dans la commune de Natmauk le 6 novembre 1960.
-Age : 48 ans, Prêtrise : 28
-Alias : U Eindaka.
-Ordonné à l’age de 20 ans, a étudié la littérature et les textes bouddhistes à Rangoon, à Mandalay, à Pakokku, à Yenanchaung et Taungdwingyi.
-A été président du Young Monk Union de la commune de Ahlone.
-Après le coup d’état par la junte en 1988, a servi comme chargé de l’organisationnel du Lower Burma Young Monk Union, lors de sa réorganisation.
-Il est arrêté et emprisonné pendant trois ans lorsque les moines entament leur premier boycott excommunicateur à Mandalay, qu’il soutient et rejoint à travers le Lower Burma Young Monks Union. Il est relâché en 1993, arrêté de nouveau en 1996 et relâché après interrogatoire. Il est encore arrêté en janvier 1998 et condamné à sept ans d’emprisonnement, détenu dans les prisons d’Insein et de Thayawady. Il est relâché de la prison de Thayawady en 2004. Il demeure ensuite au Monastère de Maggin où il sert comme moine enseignant et Taikoat Sayadaw. Il a pris part à la réorganisation du Young Monk Union et la fondation du All Burma Monk Alliance.
Par Nay Thwin, Source : Mizzima
(1) Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour Buddhachannel
samedi 16 février 2008
La flamme de la révolte n'est pas éteinte
Il règne actuellement en Birmanie un calme violenté. La Justice qui se trouve à la racine de toute forme de Paix est inexistante. Exsangue après un demi-siècle de propagande, de mensonges et de crimes à grande échelle, le peuple se trouve encore et toujours victime de nouveaux abus et d'inacceptables censures.
Afin de comprendre les fondements de la Révolution Safran, la revue Développement et civilisation propose dans son numéro de janvier/février 2008 une analyse sur le Bouddhisme, ses préceptes et son imprégnation sans la société birmane ; le Bouddhisme représente 90% de la population, et les échanges entre les moines et les laïcs sont depuis des siècles le socle identitaire de la société birmane.
Si avec une armée proche à ce jour de 500 000 hommes privilégiés sous bien des aspects matériels, l’état domine par la force, les moines sont les garants de la doctrine et représentent la conscience éthique et collective du pays. De plus, par un étrange détour, la junte qui dépense 40% de son budget pour l’armée contre 4% pour l’éducation se décharge de ce dernier devoir sur les moines, qui investissent dorénavant de façon prépondérante la fonction éducative du pays.
Les préceptes de libération et de libre arbitre enseignés par le Bouddha ne sont guère compatibles avec toute forme de dictature. Non, la flamme de la révolte n’est pas éteinte.
Sophie
Par Claude Delachet-Guillon et Emmanuel Guillon (1)
Au sens ordinaire, le bouddhisme n'est pas une religion reliant l'ensemble des phénomènes et des êtres à une foi. Mais il fait pourtant partie, par sa spiritualité, des grandes religions. Il n'y a pas de théologie bouddhiste. C'est une doctrine de la délivrance, délivrance de la souffrance, des passions et des enchaînements. Spéculer sur l'Etre ou le Non-être est donc temps perdu.
Fondée en Inde au Ve siècle avant JC par le Bouddha Sakyamuni (L'Eveillé du clan des Sakya), cette religion partage, avec l'hindouisme, la croyance au cycle indéfini des renaissances : le samsâra. Dans ce cycle de transmigrations, les destinées ne s'épuisent pas en une seule existence, cela dépend du karma (des "actes") de chacun. Pour toutes les écoles bouddhistes, les phénomènes (et les êtres), tout ce qui existe est conditionné. Il n'y a pas de nature humaine, les hommes et les animaux ne sont que des "agrégats" d'actes. Ces actes, le plus souvent, "excèdent" une vie, produisent des "fruits" au-delà de la mort.
Et ainsi on renaît sans fin. Les fondements de la doctrine se trouvent dans le célèbre Sermon de Bénarès :
1 - Tout est douleur (dukha : tourment, difficulté d'être). L'impermanence est le propre de toute vie. L'universalité de la douleur en découle.
2 - L'origine de la douleur est le désir (trsna : l'avidité, la soif), produit d'un enchaînement, d'une "production en dépendance", suscité par l'ignorance, origine du désir.
3 - La suppression de la douleur est possible. Le nirvâna, l'extinction, à la fois non-être et non-néant, est le but final.
4 - Il existe une voie pour supprimer la douleur. Elle se situe entre l'ascèse et l'activisme. Ce "voyage" a trois pratiques : la moralité, la concentration et la sagesse. La méditation est la méthode privilégiée.
Se débarrasser de l’erreur
En énonçant ces quatre vérités, le Bouddha fondait un ordre de moines mendiants qui vont tenter de se débarrasser de la douleur et d'abord de l'erreur (la première est de croire qu'il y a un "moi"). Aussi les « vénérables » sont réputés sages, savants et détachés du monde. On croit qu'ils sont doués de pouvoirs surnaturels, ce qui relève, avec le culte des représentations du Bouddha et la croyance aux enfers, du bouddhisme dit "populaire".
Il y a donc deux types d'hommes : les laïcs et les moines. En revêtant la robe, ces derniers prononcent la formule : "Je prends refuge dans le dharma (la bonne loi du bouddhisme), je prends refuge dans la sangha (la communauté des moines), je prends refuge dans le Bouddha". Le refuge est mental mais c'est aussi le monastère, inviolable, hors des avidités du monde, et particulièrement du monde du pouvoir et du monde de l'argent.
La morale place le bien et le mal dans le samsâra : on est le fruit du karma de ses existences antérieures, dont on n'est pas responsable (d'où un certain fatalisme). En revanche, on renaîtra en fonction de nos actes, bons ou mauvais, de l'existence actuelle. Un criminel inspire la pitié ? S'il est ainsi c'est à cause de son mauvais karma. Mais par contre, par son crime, il se prépare une horrible renaissance (dans un enfer ou sous forme d'un animal particulièrement répugnant).
La doctrine est étudiée au monastère, dans les jataka, (récits édifiants des existences antérieures du Bouddha) et "les trois corbeilles" (Tripitaka) : celle de la discipline (vinaya), règles de conduite des moines et des nonnes, celle des sermons du Bouddha (sûtra), et celle de la philosophie (abhidarma).
Pour libérer les moines des contingences matérielles, les laïcs doivent assurer entièrement leur subsistance. En échange ils acquièrent du mérite spirituel et reçoivent un enseignement et un exemple qui les aident à développer leur propre spiritualité. Cet équilibre fonde depuis des siècles l’économie locale et l’identité culturelle de la société bouddhiste birmane, dans le cadre du bouddhisme theravada.
Cependant, si les principes et les comportements enseignés par le bouddhisme visent à sa propre libération, leur pratique peut avoir des conséquences qui vont au-delà de l’individu. Ainsi, par exemple :
- la pratique du respect de la vie (qui englobe tout ce qui vit) entraîne non seulement le refus de tuer, d’avorter, de se suicider, mais aussi de torturer et de condamner à mort. Il en découle aussi le respect des animaux, d'où l’adoption d’une nourriture végétarienne et la soumission à la nature.
- la pratique de l’harmonie entraîne la paix, ce qui conduit à la recherche de l’unité nationale.
- la pratique de l’acte juste et de la compassion entraîne une mise en question de l’exploitation d’autrui sous ses formes diverses : esclavage, traitements dégradants, oppression du puissant sur le faible. Ce qui peut conduire à la remise en cause des ordres établis et à devenir un aiguillon de revendications égalitaires.
Des relations instables
Tout au long de l’histoire birmane, des moines, au nom de la doctrine bouddhiste, se sont opposés aux rois. Ces révoltes ont abouti à des résultats contrastés. Ainsi le roi Bayinnaung (1551-1581) avait mis en cage plusieurs milliers de rebelles, avec interdiction de les nourrir. Des moines de plusieurs origines ethniques (Bama, Môn, Shan) sont venus les nourrir et ont fini par obtenir du roi qu’il libère leurs chefs. En revanche, 3 000 moines qui avaient pris la défense de la population môn de la ville de Pégou, attaquée par le roi bama Alaungpâya (1752-1760), ont été piétinés par des éléphants sur ordre du monarque1. Dans ce cas, le fait d’être môn et de s’opposer aux visées hégémoniques du roi bama a pris le pas sur le pouvoir spirituel des moines.
Dès son origine, l’Etat birman a tenté plusieurs fois de « purifier » et/ou d’organiser la communauté monastique de façon centralisée en s’appuyant sur certains moines. Il a en outre toujours fait bénéficier une partie de la sangha de la générosité royale (en échange de mérites spirituels exceptionnels) et il a fait édifier les temples les plus importants du pays.
Depuis toujours la sangha et l’Etat birman sont les deux pouvoirs qui structurent la société (2), mais leurs relations sont instables, sans doute en raison du caractère très décentralisé de la sangha birmane. Aujourd’hui, sur 50 millions d’habitants, dont près de 90% sont bouddhistes, on compte plus de 400 000 moines et 150 000 nonnes. Face à eux, le régime militaire a progressivement décuplé les effectifs de son armée afin qu’elle dépasse les 400 000 militaires...
Ignorer les rapports des pouvoirs religieux et politiques, et afficher de surcroît du mépris pour cette religion, devait être fatal aux colons britanniques (1886-1948). Cette attitude a provoqué l’émergence de moines comme U Ottama et U Wisara qui ont joué un rôle décisif dans la naissance du mouvement anticolonialiste. En invoquant le principe de l’harmonie, détruite par l’occupant, ces moines sont devenus des figures de la défense de l’identité nationale. Et pour avoir été maltraités (U Wisara est mort en prison après 163 jours d’une grève de la faim pour protester contre l’interdiction faite aux moines de porter la robe safran en prison), ils sont devenus des symboles de la nation birmane moderne. Une grande partie de la sangha les a suivis en s'appuyant sur des associations monastiques de masse.
Après l’indépendance, le Premier ministre de la période parlementaire (1948-1962), U Nu, a voulu faire du bouddhisme une religion d’Etat provoquant la révolte des minorités non bouddhistes. Son gouvernement a cherché à assurer le soutien financier et matériel de l’Etat à la sangha, et incité les moines à s’organiser en une institution centralisée. Ce fut un échec : la sangha birmane demeure attachée à sa structure décentralisée.
L’équilibre social remis en question
En 1962, la dictature militaire du général Ne Win a été mal accueillie par la sangha, hostile à un régime "socialiste" qui nationalisait toute l’économie. Ces nationalisations, confisquant les biens individuels, étaient des vols au regard de la morale bouddhiste. En outre, en appauvrissant les laïcs, elles mettaient en question l’équilibre social car si les laïcs ne sont plus en mesure de nourrir correctement les moines, ceux-ci ne peuvent plus se consacrer à leur spiritualité ni aider les laïcs à améliorer leur karma.
Le général Ne Win fondait sa légitimité sur l’aura acquise par l’armée nationale dans la lutte pour l’indépendance et sur son projet socialiste. Il pensait ne pas avoir besoin de l’institution bouddhiste mais s’en méfiait. Ainsi en 1965, quand des moines et des associations monastiques ont manifesté leur opposition, il a riposté par des centaines d’arrestations, la prison et la torture. De ce fait, aucune organisation monastique ne l’a soutenu.
Au début des années 80, le projet socialiste ayant visiblement échoué, Ne Win a pensé utiliser le bouddhisme pour le revivifier et il a décidé de prendre en main l’institution monastique. Avec le soutien de quelques moines intéressés par des largesses étatiques, une entreprise de « purification » et d’organisation de la communauté des moines a été menée, tambour battant. Des cours de justice monastiques nationales ont eu pour tâche de sanctionner les enseignements décrétés « contraires à la doctrine bouddhiste » et une réorganisation de la communauté a été mise en place sur le modèle militaire pour quadriller les monastères du pays. Neuf taik (écoles bouddhistes), sur les dizaines existantes, ont été décrétés religieusement orthodoxes. Tout le reste a été déclaré illégal.
En août 1988, lors du mouvement de révolte populaire réprimé par la junte dans le sang, de nombreux moines ont participé aux manifestations et des associations monastiques se sont à nouveau mobilisées. 600 moines ont été tués par le régime en deux mois. En août 1990, des milliers de moines ont défilé à Mandalay pour commémorer l’anniversaire du massacre du « 8.8.88 ». Plusieurs vénérables ont qualifié la junte de a dharma (hors la loi bouddhiste). Puis une assemblée de 7000 moines a appelé la communauté à « retourner le bol à aumône », c’est-à-dire à refuser les dons faits par les militaires et leurs familles. En octobre, en riposte à cette arme spirituelle redoutable (car elle prive les victimes de la possibilité d’acquérir des mérites spirituels), la junte a déclaré illégales toutes les associations monastiques. L’armée a fait des raids sur 350 monastères et 3000 moines ont été arrêtés. Seules les institutions créées en 1980 et les associations ayant l'agrément ont été maintenues. Un décret a prévu que tout moine ayant une activité non religieuse doit être exclu de la communauté monastique.
Mais cette fois, les différentes écoles ont fait taire leurs divergences traditionnelles pour descendre dans la rue à l’appel de L’Alliance des moines bouddhistes birmans, une organisation dont personne ne connaissait l’identité des leaders au début des événements. Depuis, les noms de quatre d’entre eux sont apparus dont U Gambira, arrêté en novembre. Il a 29 ans et risque la peine de mort car il est accusé de trahison contre l’État. Les autres sont en fuite.
Le rôle important des femmes Cette politique s’est heurtée à la nature décentralisée de la sangha birmane - sans compter le rôle des saints (Weiza) qui attirent des foules de pèlerins sur les territoires où ils méditent(3). Or ces groupes, parfois en désaccord entre eux, sont soutenus par des réseaux de laïcs qui pourvoient à leurs besoins. Les laïques femmes y jouent un rôle important car elles nourrissent les moines et veillent à l’entretien des monastères. Elles assurent en outre la communication avec la population par le jeu de la transmission des nouvelles. Toutefois peu d’entre elles siègent dans les comités qui prennent les décisions importantes. Lors des événements récents la présence de nonnes a été remarquée dans les cortèges de manifestants. C’est un fait nouveau. Bien que Bouddha ait reconnu aux femmes la capacité d’atteindre l’Eveil, et donc d’entrer dans la vie monastique pour y parvenir, la misogynie de ses disciples a réussi à les ravaler à un rang subalterne. Aujourd’hui encore, nombre de femmes birmanes récitent une prière ancienne qui dit en substance : « Je souhaite renaître homme dans mon existence future afin d’atteindre le nirvâna ». Bien que des nonnes aient toujours tenté d’atteindre l’Éveil sans passer par la condition masculine, contestant par là même cette discrimination, leur statut demeure inférieur à celui des moines. Elles doivent consacrer une partie de leur temps à préparer des mets destinés aux autels du Bouddha et aux moines des monastères proches. Toutes s’aménagent des moments de prière et de méditation, mais seules quelques-unes se consacrent à des études religieuses. Certaines s’occupent de personnes âgées isolées ou d’orphelins. D’autres font de l’enseignement. L’enseignement primaire est en pleine expansion tant dans les monastères de femmes que d’hommes, car il est encouragé par la junte qui se défausse ainsi de ses responsabilités (plus de 40% du budget étatique va à l’armée et moins de 4% à l’éducation).
Les moines ont toujours eu une fonction éducative, mais limitée à l’enseignement religieux et à l’alphabétisation. Depuis peu des religieux enseignent aussi les matières profanes des programmes nationaux. Cette évolution a contribué à renforcer leur rôle social et, ce que la junte n’avait pas prévu, elle facilite la diffusion des idées et pratiques bouddhistes porteuses de contestation...
Les manifestations récentes n’ont donc pas surgi de rien. Leur mécanisme est une réédition, en plus dramatique, de ce qui se passe tous les dix ans depuis l’avènement du régime militaire. À chaque fois, une décision économique inepte de la junte (cette fois l’augmentation drastique des produits pétroliers qui, avec ses répercussions, achève de plonger la population dans la grande pauvreté) s’oppose à la doctrine bouddhiste, en particulier à l’acte juste et à la recherche de l’harmonie. En outre elle met en péril l'échange économique et spirituel qui fonde l’équilibre de la société.
Le soutien aux moines birmans
En tant que garants de la doctrine et représentants de la conscience publique, les moines se joignent aux protestations de la population, voire les précèdent comme lors de la colonisation ou de la révolte de septembre 2007, et renforcent l’aspiration démocratique. Une minorité de la sangha ne partage pas ce point de vue, soit qu’elle ait fait allégeance au pouvoir politique soit qu’elle ne veuille pas se mêler des affaires du monde.
En octobre 2007, des personnalités bouddhistes dont le Dalaï Lama, et des associations bouddhistes d’Asie et d’Occident ont apporté leur soutien aux moines birmans en conviant leurs fidèles à prier collectivement pour que la junte accepte d’entendre leur demande d’amélioration des conditions de vie et de dialogue. On connaît la réponse : une centaine de morts, plus de 1000 nouveaux prisonniers et nombre de monastères vidés de leurs moines.
Pendant quelques jours, la communauté internationale, Secrétaire général de l’ONU en tête, a semblé s’unir pour condamner la junte. Mais celle-ci a riposté en expulsant le représentant local des Nations unies qui avait indiqué que le PIB birman est à peine égal à la moitié de celui du Bangladesh. Et depuis lors, on est revenu à la case départ : les Etats-Unis et l’Union européenne pérorent pour condamner la violence et réclamer la démocratie tandis que la Chine, l’Inde et l’ASEAN (4)












